Et si la fin était le début de quelque chose d’autre ? La littérature actuelle regorge de romans post-apocalyptiques ou, dans une perspective plus large, d’oeuvres articulées autour de l’imaginaire de la fin. Nous avons rassemblé ici quelques romans qui, à leur façon, présentent des conclusions qui ouvrent vers de surprenants (et parfois très beaux) lendemains.

Tarmac

« Des phrases ne laissant rien au hasard, une imagination foisonnante, des images imprévisibles et ce ton plein de sous-entendus, pas de doute, revoilà bien Nicolas Dickner. »

Alexandre Vignault, La Presse

Pauvre Hope Randall : elle est née dans une famille où chaque membre reçoit sa propre vision de la fin du monde, accompagnée d’une date précise, différente pour chacun. De quoi alimenter plus d’un manuel d’histoire de la psychiatrie. Prévenue que l’apocalypse aurait lieu à l’été 1989, sa mère a cherché à fuir son destin en Lada, pour échouer à 1200 kilomètres de Yarmouth. Parties pour l’Ouest, mère et fille n’ont d’autre choix que d’attendre l’inévitable dans le bas du fleuve.

Entre en scène Michel Bauermann, ou Mickey, rejeton d’un clan qui produit du béton depuis plusieurs générations, passionnément irradié par les taches de rousseur et les 195 points de Q.I. de la belle. Hope trouvera un certain réconfort dans les longues soirées en sa compagnie au bunker familial, à l’abri des obsessions maternelles. Mais on ne peut rien prédire lorsqu’on est une Randall et qu’on a rendez-vous avec l’apocalypse.

L’auteur de Nikolski vous entraîne dans les hauts lieux du vingtième siècle (New York, Tokyo et Rivière-du-Loup) au fil d’une étonnante histoire d’amour préapocalyptique où passent David Suzuki, Albert Einstein, quelques zombies, un gourou accidentel et des kilomètres de ramens.

Bienvenue sur le tarmac, lieu de tous les impossibles.

Les peaux cassées

Un vaillant tailleur de peaux avait l’habitude de nager seul dans un verre dont il cherchait le fond. Un jour, il a rencontré Carole, dont le sourire était un redoutable remontant. Elle a eu du souffle pour deux, le temps qu’il reprenne le sien. Carole était comme ça.

Le couple a fait son nid en ville et attiré une ménagerie d’esseulés, des enfants de gouttière, un compteur d’étoiles, un Italien bossu et un épouvantail qui n’effrayait que lui-même. Dans un quartier où sévissaient la Dépression et l’assèchement des corps, les larmes ont coulé à grands seaux. Puis un petit scaphandrier est arrivé dans leur vie. Le temps était venu de penser à eux aussi.

Les peaux cassées est un récit poétique tout en nuances de gris où l’espoir verdit dans les endroits les plus inusités et qui prouve à sa drôle de manière qu’en chacun de nous sommeille un jardinier.

Les Blondes

Pour la pauvre Hazel Hayes, les choses commencent à mal tourner lorsqu’elle apprend qu’elle est enceinte, une gracieuseté de son professeur d’université, marié et maintenant loin d’elle. Elle vient d’emménager à Manhattan et a de la difficulté à trouver ses repères. Et tout ça à quelques heures de l’apocalypse…

Des attaques meurtrières, que rien ne semble relier, se multiplient aux quatre coins de la ville. Il faut se rendre à l’évidence : une épidémie frappe les blondes, qu’elles soient hôtesses de l’air, agentes immobilières ou patronnes d’entreprise, et les transforme en tueuses sanguinaires. Cherchant à fuir la ville en proie à la panique, Hazel entreprend la traversée d’une Amérique paralysée par le fléau blond, épopée au cours de laquelle elle trouvera une alliée inattendue.

Maîtrisant avec une habileté déconcertante l’art du suspense et celui de la satire, Schultz signe avec Les Blondes un roman horriblement drôle et pétillant, truffé de remarques sensibles sur la beauté, la féminité et la maternité.

Traduit de l'anglais (Canada) par Éric Fontaine

Boo

« Le talent littéraire est ici difficilement contestable. Avec autant de qualités, le premier roman de Neil Smith nous tient en haleine avec ces débats intérieurs et procure de vives émotions loin d’être artificielles. Une plume à surveiller de très près. ★★★★1/2 »

David Bigonnesse, Bible urbaine

Oliver Dalrymple est un garçon de treize ans à la peau pâle et au cœur troué. Tout le monde l’appelle Boo, en raison de sa blancheur fantomatique. Il est capable de réciter la table de Mendeleïev de mémoire sans omettre un élément, un atout malheureusement négligeable pour développer son réseau social. Boo, surtout, est mort devant son casier. Son cœur, croit-il.

Il se réveille dans un étrange au-delà : le Village. Un endroit où se retrouvent tous les jeunes de treize ans, « passés » comme lui d’un monde à l’autre. Johnny, un camarade décédé peu de temps après lui, lui révèle ce qui est réellement arrivé à l’école et lui annonce que le coupable se trouverait parmi eux. Les apprentis justiciers orchestrent alors une vendetta, sans se douter des conséquences.

Abordant avec humour, vivacité et courage la marginalité, l’intimidation et ce qui fait l’amitié, Boo prouve que même la vie au paradis peut être l’enfer. Et que parfois, pour mieux vivre, il faut apprendre à bien mourir.

Traduit de l'anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Les enfants lumière

Avec Les enfants lumière, Serge Lamothe explore un imaginaire truculent, celui de la Posthistoire. Au fil des catastrophes naturelles et des révolutions, nous rencontrons une fillette de neuf ans qui signe la fin du turbolibéralisme, une dompteuse de puces, une femme de quatre mètres, des baleines explosives et d’autres spécimens rares, tous témoins de l’impensable. Porté par une écriture ludique qui fait la part belle à l’invention, ce livre conjugue humour et lucidité dans une singulière quête de sens qui étonne et séduit à chaque tournant.

« L’instant qui précède une catastrophe de cette envergure semble toujours empreint d’une sérénité troublante, surnaturelle dans sa perfection. Une paix profonde règne sur le monde et le temps paraît s’être figé dans son élan. Il en est ainsi parce que rien ne nous a préparés à l’horreur et que les minutes qui viennent nous sont encore épargnées. Elles ne dévorent pas encore nos certitudes. Elles ne nous obligent pas déjà à ramper parmi les décombres. Cet instant demeure unique. Il semble irréel, mais c’est à lui que nous nous accrocherons même si, pour l’heure, nous ne connaissons pas encore le prix de notre humanité, ni ne croyons jamais devoir le payer. »

Station Eleven

Le premier jour
Éclosion de la grippe géorgienne. On estime qu’elle pourrait contaminer 99% de la population.

Deux semaines plus tard
La civilisation s’est effondrée.

Vingt ans après
Une troupe présente des concerts et des pièces de théâtre aux communautés regroupées dans des campements de fortune. La vie semble de nouveau possible. Mais l’obscurantisme guette, menaçant les rêves et les espérances des survivants.

Roman phénomène publié dans une vingtaine de pays, Station Eleven illustre brillamment que l’art, l’amitié, la résilience et ce qui nous unit permettent de tout traverser, même une fin du monde.

Traduit de l'anglais (Canada) par Gérard de Chergé

La fin de l'alphabet

Toute cette histoire est assez improbable.

L’aventure d’Ambroise Zéphyr et de sa femme Zappora Ashkenazi, alias Zip, aurait pu commencer un charmant dimanche matin baigné par un soleil d’avril, entre la maigreur de l’hiver et les rondeurs du printemps et, peut-être, se terminer dans l’allégresse au crépuscule.

Mais ce n’est pas de cette histoire qu’il s’agit.

Ce jour-là, Ambroise Zéphyr échoue à son examen médical annuel. Le verdict est terrible : il est atteint d’une maladie inconnue et incurable qui ne lui laisse que trente jours à vivre. Fasciné depuis l’enfance par les abécédaires et les caractères d’imprimerie, ce graphiste féru d’art et d’histoire décide de prendre le large et de s’offrir un dernier (et merveilleux) périple autour du monde avec celle qu’il aime. Premier arrêt : A pour Amsterdam, puis B pour Berlin, C pour Chartres… Mais qu’arrivera-t-il lorsque viendra la lettre Z, la fin de l’alphabet ?

Traduit de l'anglais (Canada) par Sophie Voillot