Question de nourrir les appétits artistiques des isolés, nous avons demandé à certains de nos auteurs de vous partager leurs engouements littéraires, filmiques et musicaux du moment. Pour cette deuxième vague, voici les suggestions de Catherine Leroux, Dominique Fortier et Hélène Dorion.

 

Trois voyages proposés par Dominique Fortier

L’Histoire du juif errant, de Jean d’Ormesson (Gallimard)
Pour faire voyager à travers les siècles et les continents. Une histoire plus grande que nature, écrite dans une langue somptueuse, qui mêle l’Histoire, la fable, le mythe et le mensonge ; un très grand livre.

Car l’adieu c’est la nuit, d’Emily Dickinson, traduction de Claire Malroux (Gallimard)
Pour le voyage immobile. Dickinson est passée maître dans l’art du confinement — mais dans son cas, c’est un confinement choisi, désiré, signe d’une liberté vaste comme une forêt. Nous avons tous beaucoup à apprendre d’elle.

Paul à la maison, de Michel Rabagliati (La Pastèque)
Pour le voyage intérieur, l’humour très fin, les cases d’ombre traversées de lumière.

 

Apprivoiser le confinement, façon Catherine Leroux

Confinés mais ensemble par Marie-Michèle Giguère et Cédric Chabuel
J’essaie, sans le moindre succès, de limiter ma consommation d’articles et d’émissions sur le coronavirus. Je fais exception pour cette balado parce qu’elle me fait du bien. Accoucher dans une pandémie, rapatrier un parent en voyage, protéger une enfant immunosupprimée; chaque épisode plonge, avec simplicité et justesse, dans l’extraordinaire ordinaire de notre nouvelle réalité et parvient, comme son titre l’indique, à nous faire sentir proches et unis dans notre isolement.

Mémoire du feu par Eduardo Galeano, traduction de Véra Binard et Claude Couffon (Lux Éditeur)
Le mot d’ordre, pendant le confinement, semble être de s’attaquer à des mastodontes littéraires. Je ressors le mien, entamé avec ravissement il y a trois ans et que je me promets de terminer chaque été en oubliant que l’été est une course folle au même titre que les autres saisons. Ce livre contient l’histoire à la fois hyperdocumentée et rêvée de l’Amérique du Sud, par fragments brûlants, merveilleux et implacables. Un livre qui porte un frisson de rage et de beauté à chaque page, et un formidable sentiment d’espace qui est le bienvenu par les temps qui courent.

Fantastique Maître Renard par Roald Dahl, traduction de Marie-Saint-Dizier et Raymond Farré (Gallimard)
À mes enfants, je lis ce classique qui raconte les aventures d’une famille de renards que des fermiers déments forcent à rester terrée dans ses galeries pendant des semaines (ça vous dit quelque chose ?). Au fil des jours, ils se lient avec leurs concitoyens des souterrains — blaireaux, lapins, taupes — et trouvent des manières de survivre et de s’égayer. Une belle manière d’aborder les thèmes de la résilience, de la solidarité et de la patience, et de rire de la bêtise humaine.

 

Hélène Dorion ou des bonheurs tous azimuts

À lire :

Petites cendres ou la capture de Marie-Claire Blais (Boréal)
Parce qu’on a besoin de sentir le fil qui nous unit à chaque être humain, de voir l’espoir qui surgit de l’ombre et d’entendre cette écriture vaste qui interroge le monde actuel.

Un beau désastre de Christine Eddie (Alto)
Pour rencontrer M.-J., ce personnage qui voit des percées dans le ciel de nos nuits.

Dieu, le temps, les hommes et les anges d’Olga Tokarczuk, traduction de Christophe Glogowski (Robert Laffont)
Un livre de temps, de destins, de personnages que dessine une écriture forte et singulière. Une lecture qui nous déplace dans un univers où il est écrit que « lorsqu’un arbre meurt, son rêve dénué de signification et d’impressions est récupéré par un autre arbre. Aussi les arbres ne meurent-ils jamais. Ignorer qu’on existe libère du temps et de la mort. »

À écouter :

L’album Rêverie
Pour les musiciens Jian Wang et Göran Söllscher, pour le titre de l’album, «Rêverie », qui fait entendre des pas légers, pour un voyage lumineux de Sibelius à Liu Rong Fa, de Schubert à Piazzolla, de Davidov à Barsanti.

Pas même le bruit d’un fleuve, une liste de lecture
Les pièces musicales qui ont accompagné l’écriture de mon roman, Pas même le bruit d’un fleuve.

À regarder :

Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma
Il y a là à la fois la force de l’art, la puissance du désir et la douleur de la perte, mais aussi une manière de dire l’intimité, d’incarner le lien à l’autre à travers des images d’une grande beauté, une beauté signifiante, en cohérence parfaite avec le propos. Ce film est disponible pour l’achat ou la location sur la plateforme de Apple.

 

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