Christine Eddie a le don de présenter la vie sous un jour lumineux, même lorsque celle-ci est truffée d’épreuves. L’auteure d’Un beau désastre, paru cet hiver chez Alto, a livré un témoignage inspirant lorsque le quotidien Le Soleil lui a demandé comment elle voyait la crise pandémique actuelle. Nous vous le transcrivons ici:

«Quoi qu’il arrive, je ne suis pas prête d’oublier que le ciel, comme celui de Wuhan, peut redevenir bleu en un seul petit mois d’usines fermées. Que dix jours sans touristes sont susceptibles de ramener les poissons à Venise ou les dauphins en Sardaigne. Que, sur les médias sociaux, les voix fielleuses peuvent soudain se taire. Que, sans voitures, mon quartier appartient aux piétons, des piétons qui se sourient sans se connaître. Quand cette crise sera terminée, je me rappellerai que des milliers d’hommes et de femmes ont spontanément offert de l’aide aux plus démunis et au personnel hospitalier, de qui on aura exigé des efforts héroïques. Et que mon gouvernement est capable de donner de beaux mots d’ordre : achetez local et prenez soin les uns des autres. Je me pincerai encore d’avoir découvert que oui, c’est possible que nos politiciens enterrent leurs lassantes haches de guerre. La planète est plus tranquille et soudée que jamais. On n’est sûrs de rien, mais j’ai envie de nous faire confiance. Surtout que bientôt, les oies vont revenir. Bientôt, on pourra ouvrir grandes nos fenêtres et chanter sur nos balcons, nous aussi. Les printemps québécois ont toujours eu l’art de me porter à espérer le mieux.»

— Christine Eddie

Source: Le Soleil, 28 mars 2020