Couverture

Recueil emblématique des années 2000, La mort de Mignonne regroupe des nouvelles touchant les sujets de prédilection de Marie-Hélène Poitras : chevaux, violence, liberté, amour et désamour, urbanité et monde sauvage.

Plusieurs aspects liés à la jeunesse animent ce livre : de l’impatience de grandir au mal-être adolescent, de la nostalgie de l’enfance aux premières frasques, aux premiers chagrins d’amour. Arrogantes ou abattues, portées aux nues ou fuyant leurs peines, seules, en groupe, vivantes ou mortes-vivantes, les héroïnes de Marie Hélène Poitras suivent des trajectoires tortueuses. Elles ne sont pas les seules : un bestiaire à la fois salvateur et malmené les accompagne – chiens, renards, cerfs, baleines et, évidemment, chevaux.

Dans une écriture nerveuse, drôle et crue, toujours proche du cœur, La mort de Mignonne raconte entre autres le parcours d’une fille de la campagne que sa beauté propulse dans le jet-set new-yorkais, l’errance d’une jeune femme à Mexico, la rémanence de la violence dans une maison abandonnée, une querelle autour de la carcasse d’un cachalot, l’amitié d’une préadolescente avec son professeur d’équitation, le regard nostalgique d’une femme sur l’innocence de sa sœur cadette. Magnifié par la plume de Marie Hélène Poitras, cet éventail de vies permet d’aborder les questions du désir, de la solitude, du désœuvrement et de la condition humaine.

Époque
Début des années 2000
Lieux
Montréal, province de Québec, diverses villes d’Amérique du Nord.
Thèmes
Le passage à l’âge adulte, solitude, violence, errance, mensonge et vérité, rapports humains, rapports aux animaux.
Style et construction du récit
Écriture à la fois directe, percutante et évocatrice. Alternance des types de narration, avec une dominance de la première personne.

Pistes de réflexion

  • Les chevaux sont au cœur du travail de Marie-Hélène Poitras; deux de ses nouvelles (La mort de Mignonne et Protéger Lou) préfigurent d’ailleurs son roman suivant consacré aux chevaux du Vieux-Montréal, Griffintown. Proposer un travail d’analyse comparée entre les deux histoires et le roman.
  • Plusieurs nouvelles du recueil prennent la forme de souvenirs d’enfance (Nan sans Réal) ou d’adolescence (Grunge), ou créent un pont entre le début de l’âge adulte et l’enfance (Fées et princesses au bout de leur sang). Proposer un exercice d’écriture qui explore les souvenirs d’une enfance ou d’une adolescence réelle ou imaginaire.
  • Comme le souligne Samuel Archibald dans son introduction, le texte Lettre aux habitants de Rivière-Bleue a beaucoup fait jaser et réfléchir les écrivains du Québec. L’autrice y revendique son droit à la fiction et refuse de soumettre son écriture à la réalité. Proposer un débat en classe sur le sujet, opposant les forces et les risques une écriture littéraire plus proche des faits à une écriture qui s’en libère.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Arvida de Samuel Archibald, éditions Le Quartanier

L’encyclopédie du petit cercle de Nicolas Dickner, éditions L’instant même

La ballade de Baby, suivi de Sagesse de l’absurde, d’Heather O’Neil (traduction Dominique Fortier), Alto, 2020

Le jeu de la musique de Stéfanie Clermont, éditions Le Quartanier

La ballade d’Ali Baba de Catherine Mavrikakis, Héliotrophe

Griffintown de Marie-Hélène Poitras, Alto, 2012 (CODA, 2013)

VERS D’AUTRES ARTS

Eldorado, film de Charles Binamé

Frances Ha, un film de Noah Baumbach avec Greta Gerwig

The Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Du soleil plein la tête), un film de Michel Gondry

La déesse des mouches à feu, film d’Anaïs Barbeau-Lavalette, basé sur le roman de Geneviève Pettersen

Les œuvres de Maia Flore, qui a fourni la couverture du recueil

L’album Nevermind de Nirvana et la reprise de la chanson Smell Like Teen Spirit de Maude Audet

« Quelque chose se tramait, on le sentait bien, ça grondait. Nous étions las de ce qui nous dépassait, de ce que nous ne parvenions pas à identifier clairement, c’était comme être en colère contre un nuage très dense et opaque. Nous étions survoltés, vierges, contrariés, tristes, trop jeunes pour déménager en ville, trop vieux pour les maisons de jeunes, notre vie nous apparaissait semblable à un lent assommoir […] » (p. 60)

« Un cheval qui s’étend par terre est un animal qui n’a plus d’espoir, qui ne rêve plus tant il dort profondément. C’est une bête qui a désappris la nécessité de se tenir debout dans l’éventualité d’une fuite parce qu’elle se sait captive et oubliée, un animal qui souffre d’avoir dû déprogrammer ses instincts, qui s’aperçoit chaque jour un peu plus que sa culture chevale, que le legs des équidés remontant les siècles jusqu’à l’Eohippus, son ancêtre à griffes, ne lui est plus utile. Quand ces animaux-là s’éveillent avec l’aube, ils reviennent de très loin et il faut éviter de les brusquer. Que les chevaux dorment allongés sur le sol est un signal, le signe que la logique des choses a été renversée et que personne n’a rien dit. » (p. 137-138)