Couverture

Ce roman par nouvelles, pourtant très court, semble contenir tout un univers, celui de personnages dont l’humanité est déstabilisée par une nature, elle-même menacée par les homo sapiens. Dans une ambiance brumeuse et sensuelle, Christiane Vadnais instaure un nouveau genre à mi-chemin entre horreur et science-fiction: le fantastique écologique.

Des bois de Shivering Heights à un village du sud construit sur l’eau en passant par le pôle Nord, Laura étudie le vivant, les parasites, les animaux en mutation. La scientifique croisera sur son chemin Thomas, un homme que sa peine d’amour transforme en poisson; Cathy, une enfant qui médite sa vengeance contre l’Ogresse qui a tué ses lapins carnivores; Nathan, qui la guide au pays des ours polaires anormalement voraces, et un couple qui s’aventure dans la fosse aux lions du zoo. Elle-même ne restera pas indemne face à la nature foisonnante et pénétrante qui l’entoure, donnant naissance à un enfant qui n’est pas entièrement humain, puis voyant sa propre peau se hérisser de plumes. Alors que les derniers résidents de Shivering Heights meurent rongés par un mystérieux parasite, la mère, au bord de l’impitoyable rivière, apprend à son fils à voler.

Ces histoires, racontées dans l’ordre et le désordre, tissent la toile d’un monde organique, grouillant de vies en transformation, et d’une nature imparable qui secoue de toutes ses forces ses propres parasites humains. Ces derniers devront, pour assurer la continuité de leur espèce, s’adapter, changer, voire se laisser dévorer.

Époque
Futur proche, temps indéfini
Lieux
Lieux fictifs; on imagine le continent américain
Thèmes
Écologie, nature, animalité, instinct, métamorphose, mutation, interactions entre les espèces, destruction de l’environnement, perpétuation de la vie.
Style et construction du récit
Chaque chapitre de Faunes, dont les titres sont des mots latins, peut être lu comme une nouvelle. Des personnages, des lieux et des thèmes récurrents indiquent toutefois qu’ils font partie d’un même univers. Quatre pages noires, où l’auteure évoque les songes de l’espèce humaine, ponctuent le livre. Le style est foisonnant, porté par un vocabulaire riche et soigneusement rythmé.

Pistes de réflexion

  • Expliquer aux étudiants le concept de dystopie, en leur donnant des exemples tirés d’œuvres proches de leur réalité (Hunger Games, Black Mirror, La servante écarlate, Walking Dead, Fahrenheit 451). Montrer ce qui fait l’originalité de Faunes en tant qu’œuvre dystopique. Proposer un exercice où les élèves sont invités à présenter une œuvre dystopique de leur choix.
  • Proposer un exercice d’écriture inspiré à la fois de Faunes et des Métamorphoses d’Ovide, où un personnage se transforme en animal ou en végétal.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Les métamorphoses d’Ovide

La métamorphose de Franz Kafka

L’Île du docteur Moreau de H.G. Wells

Truismes de Marie Darrieussecq, Gallimard

La trilogie Le dernier homme par Margaret Atwoods, éditions Robert-Laffont

Vers d’autres arts

Beasts of the Southern Wild, film de Benh Zeitlin

Princesse Mononoke, film d’animation de Hayao Miyazaki

En arts visuels:
Les œuvres de Fanny Mesnard, les toiles d’André-Philippe Côté, les sculptures de Jean-Robert Drouillard et les sculptures et les installations de David Altmejd

« Sa peau, phosphorescente, rappelle celle des créatures qui hantent les caves humides, ou peut-être les malades suintant de vertiges. Par canicule comme par temps frais, une bruine délicate recouvre son front. L’eau lui plait; on raconte que certaines nuits, des propriétaires la retrouvent dans leur piscine isolée, nageant avec un naturel désarmant.

Sur le tronc des arbres, cette nuit, elle récolte un lichen gris comme la poussière, qu’elle glisse entre ses lèvres. L’amertume la fait grimacer. Elle se tourne vers les mousses veloutées, foisonnantes comme des pelages, qu’elle caresse puis arrache du bout des ongles avant de les poser sur sa langue. »

Faunes, CODA, p. 93

« Au milieu du lac, le hameau, encerclé de bestioles aériennes et de créatures sous-marines, est un noeud fourmillant d’appétits. Sur le pont, les chaussures claquent sur le bois fendillé, les bouches halètent, les bassins ondulent. On croirait que les ventres n’ont pas de fond et les que villageois ont la cinétique des dan­seurs à ressort. On croirait que les phalènes que Laura regarde voler, fascinée, ne sont pas des insectes mais des fées marraines scintillant dans le pétrole de la nuit. Il semble que la fête n’aura aucune fin et que les habi­tants du village resteront ainsi, animés d’oscillations, traversés de sursauts, sans que l’aube pointe jamais son nez rouge. »

Faunes, Alto régulier, p.33