Couverture

Écofiction au style luxuriant, le premier roman du Tasmanien Robbie Arnott rassemble avec aplomb la fausse légèreté du réalisme magique et l’espoir contagieux des légendes modernes. Jonglant avec les codes du roman policier et du récit naturaliste, cet auteur prometteur signe une ode vibrante au pouvoir de l’imaginaire et de la nature.

Les femmes du clan McAllister ont une fâcheuse propension à revenir brièvement de l’au-delà, couvertes de mousse ou de coquillages, des algues ou d’élégantes fougères en guise de chevelure. Inquiet que sa sœur Charlotte trépasse avant lui et le tourmente, Levi prend les grands moyens pour lui offrir le plus extraordinaire, le plus sûr des cercueils. Il entame une correspondance avec un fabricant de cercueils bourru, rencontre un chasseur de thon géant qui travaille en duo avec un phoque et engage une détective qui carbure au gin pour retrouver sa sœur.

La principale intéressée, déterminée à jouir pleinement de sa vie comme de sa mort, a pris la clé des champs et entame un long périple à travers la Tasmanie. Elle croise le chemin d’un rat d’eau qui remonte le courant vers la Déesse Nuage et trouve refuge sur un élevage de wombats, où le gardien est en train de se métamorphoser en oiseau vengeur. Charlotte y rencontre aussi Nicola, une jeune femme qui l’aide à maîtriser ses pouvoirs naissants, qui font jaillir des flammes de ses mains dès qu’une émotion trop vive la submerge. Car Charlotte ne porte pas seulement le legs des femmes McAllister. Elle a aussi hérité de la nature particulière de son père : une flamme qui a pris forme humaine.

Traduit de l'anglais par Laure Manceau
Titre original : Flames

Époque
De nos jours
Lieux
Tasmanie, Australie
Thématiques
le pouvoir de la nature, le surnaturel, légendes liées aux animaux, cercueils et résurrection, grands espaces, petites communautés, pêche, élevage
Style et construction du récit
alternance de plusieurs narrateurs (humains, animaux ou entités, élément naturel), un chapitre épistolaire, style ample et imagé, présence de réalisme magique. Les chapitres portent des noms de matière : cendre, bois, charbon, neige.

Pistes de réflexion

  • Écrire un texte en adoptant le point de vue d’un narrateur inusité, soit un animal ou un élément (feu, eau, air, etc.)
  • Trouver des exemples d’écofiction, un genre littéraire de plus en plus présent parmi les publications locales et mondiale, et discuter de l’intérêt et des écueils que peuvent comporter ces romans (ou nouvelles) à forte teneur écologique et imaginaire
  • À partir de Flammes, créer un carnet de notes et d’images regroupant des animaux, professions, arbres, traditions et histoires propres à la Tasmanie. Comparer avec un site Web ou un guide de voyage consacré à cette île pour voir comment la fiction peut informer, mais surtout transcender les informations factuelles, sur une région donnée.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Faunes de Christiane Vadnais, Alto

Indice des feux d’Antoine Desjardins, La Peuplade

Un vrai crime pour livre d’enfant de Chloé Hooper, éditions Christian Bourgois

Le corps des bêtes d’Audrée Wilhelmy, Léméac

La saison des ouragans de Fernanda Melchor, Grasset

Les Écofictions. Mythologies de la fin du monde de Christian Chelebourg, Les impressions nouvelles

The Rain Heron (en anglais) de Robbie Arnott, Farrar Straus & Giroux (en français par Alto en 2022)

VERS D’AUTRES ARTS

Kylie Elkington, Valerie Sparks et d’autres artistes visuels de Tasmanie qui s’inspirent de la nature

Les documentaires de la série Planet Earth, de la BBC

Princesse Mononoké, film de Hayao Miyazaki

Notre mère nous revint deux jours après la dis­persion de ses cendres au-dessus des gorges de Notley Fern. Il s’agissait bel et bien d’elle – et en même temps, pas du tout. Depuis qu’on l’avait éparpillée parmi les frondes de Notley, elle avait changé. Sa peau était désormais recou­verte de mousse moelleuse et verdoyante piquée de jeunes pousses d’hyménophylle. Six larges frondes de fougère arborescente avaient germé dans son dos et s’étiraient en dessous de sa taille en une queue de paon végétale. Et à la place de ses cheveux cascadaient des feuilles d’adiante vert gazon – peut-être la plus élégante de toutes les fougères.

Ça n’avait rien d’exceptionnel dans notre famille.

Flammes, p.9

Le Dieu Esk bâilla, réveillé par la lumière brûlante. D’habitude, le soleil faisait tomber sur lui de paresseux rayons jaunes, le tirait lentement du sommeil, mais l’éclat de ce matin venait de lui arriver en pleine face à cause d’une guenon au visage pâle. Il cligna des yeux, vit un jean sale, une peau laiteuse, des cheveux d’encre. S’il ne lui était pas si reconnaissant – la chaleur qu’ils avaient partagée dans la nuit lui avait procuré ses meilleurs rêves depuis des décennies – il lui aurait sauté à la gorge et aurait laissé sa vie s’écouler sur la promenade glissante. Aucune créature ne peut regarder le Dieu Esk avec autant d’insolence et croire qu’elle s’en sortira indemne.

Flammes, p.49