C’est devenu un heureux rituel: le 12 août, vous êtes de plus en plus nombreux à acheter un (ou des!) livre(s) québécois. Outre le titre qui inaugure notre saison — La ballade de Baby, premier roman de la Montréalaise Heather O’Neill enfin traduit en français par Dominique Fortier, notre catalogue regorge de perles littéraires fleurdelisées.

La ballade de Baby

Valises et sacs de plastique à la main, Baby et son père Jules débarquent à l’Hôtel Autriche, un recoin sombre du cœur de Montréal. Dans les yeux de la gamine, encore assez naïve pour garder un pied dans la féerie de l’enfance tandis que l’autre se pose déjà dans la réalité crue de l’âge adulte, le quotidien est nimbé de lumière— avec passages nuageux.

Coin Sainte-Catherine et Saint-Laurent, les Hells Angels bourdonnent comme des abeilles, on appelle l’héroïne « lait au chocolat » et les danseuses nues sont les sirènes de la rue. C’est l’endroit parfait pour rêver.

Enfin retraduite au Québec et suivie aujourd’hui de Sagesse de l’absurde — une série de leçons iconoclastes apprises par l’auteure auprès d’un père criminel à la petite semaine —, cette berceuse pour enfants perdus retrouve sa vraie voix et le chemin de la maison.

Traduit de l'anglais par Dominique Fortier

Six degrés de liberté

Où l’on raconte l’histoire
d’une jeune fille
qui désire repousser les
limites de l’expérience humaine,
d’un hacker
qui veut optimiser
la circulation mondiale
des bananes et des coussins,
d’une employée de la GRC
qui rêve d’en finir
une bonne fois pour toutes
avec la géographie,
d’un septuagénaire qui perd un boulon,
d’une acheteuse compulsive bipolaire,
de six perruches et d’un chat intermittent,
tous unis dans un jeu de société
à l’échelle planétaire
dont personne ne connaît les règles.

Pas même le bruit d’un fleuve

«[Pas même le bruit d’un fleuve] parvient à relier la grande et la petite histoire avec une noble révérence pour tout ce qui, entre deux êtres, aura longtemps appartenu au silence.»

Dominic Tardif, Le Devoir

Quand Hanna découvre, parmi les effets de sa mère récemment décédée, des carnets, photographies et coupures de journaux, elle décide de descendre le cours du fleuve jusqu’à Kamouraska pour tenter de trouver le fil qui rattachera son histoire à celle de Simone, cette femme silencieuse, absente de sa propre vie.

Remontant le siècle, le long du Saint-Laurent, de Montréal à Pointe-au-Père, suivant des marées parfois cruelles, Hanna retrouvera la trace du premier amour de sa mère et retournera jusqu’en 1914, au moment du naufrage de l’Empress of Ireland. Elle apprendra qu’une catastrophe forme le tronc de tragédies intimes qui traversent les générations et que les survivants sont parfois les vrais naufragés. Sur cette route qui la conduit vers elle-même, elle pourra compter sur la force de l’art et de l’amitié pour éclairer sa quête. La poésie gonflant ses voiles, Pas même le bruit d’un fleuve emporte dans son sillage son lot de révélations, de miracles et de mystères.

*Des pièces musicales ont accompagné Hélène Dorion dans l’écriture de ce roman. Elle en a fait une liste de lecture disponible pour écoute sur Spotify.

Griffintown

Le jour se lève sur Griffintown après le temps de survivance, les mois de neige et de dormance.

Hommes et chevaux reprennent le chemin de l’écurie. L’hiver a eu raison de quelques-uns. Certains, comme John, reprennent le collier comme on renoue avec une mauvaise habitude. Pour d’autres, qui traînent plusieurs vies derrière eux, il s’agit souvent du cabaret de la dernière chance. Marie, la Rose au cou cassé, cherche quant à elle un boulot qui la rapprochera des chevaux. Elle ignore ce que lui réserve l’été, le dernier de Griffintown. Car tandis qu’une procession de désespérés défile vers le Far Ouest à la recherche d’une maigre pitance, la Mouche ourdit sa vengeance.

Histoire de meurtre, d’amour et d’envie dans un décor où tous les coups sont permis, Griffintown expose au grand jour l’intimité des cochers du Vieux-Montréal, ces cow-boys dans la ville. Un détournement habile, porté par une langue sensible et rude, du western spaghetti sauce urbaine.

Les écrivements

Les traces de pas dans la neige finissent toujours par disparaître, comme des souvenirs qu’on est forcé d’oublier, soufflés par le vent ou effacés par le soleil. Celles de Suzor, parti un soir de décembre 1976, n’existent plus depuis longtemps. Pourtant, Jeanne les voit encore chaque jour par la fenêtre du salon.

Pendant quarante ans, elle s’est promis de ne jamais le chercher, mais lorsqu’elle apprend qu’il est atteint d’alzheimer, sa promesse ne tient plus : elle doit retrouver Suzor avant qu’il oublie.

Dans un Montréal enneigé, aidée par une jeune complice improbable, Jeanne retracera le chemin parcouru par Suzor et devra, pour ce faire, revisiter leur passé. La famille qu’ils n’avaient pas. Leur jeunesse en solitaire. Le voyage en Russie dont elle porte encore les cicatrices. Le trou dans le mur de la cuisine. Le carnet que la petite n’avait pas le droit de lire. Les boutons trouvés sur le trottoir.

«Je ne veux pas être la seule condamnée au souvenir de nos bonheurs », dira Jeanne dans ce doux roman sur les caprices de la mémoire, sur ces choses qu’on oublie sans le vouloir et celles qu’on choisit d’oublier.

De synthèse

L’une s’immobilise devant les fenêtres de sa maison en banlieue avec le poids de la mort au creux du ventre; l’autre cherche à traverser l’écran pour se transformer en image grâce à son avatar numérique, en quête d’absolu.

L’une a donné naissance à l’autre, qui tente maintenant de renaître à travers un corps virtuel, loin de la morosité du nid familial.

Récit d’une lumineuse lucidité propre à ouvrir les consciences et à faire vibrer les âmes, De synthèse met en lumière l’aboutissement d’une relation filiale du point de vue d’une femme-image renouant avec sa famille au moment où sa mère entre en phase terminale, au terme d’une longue période de dégénérescence. C’est une histoire de corps, de disparition, de reflets, de composition et de décomposition. C’est l’histoire d’une image à parfaire, par-delà le désastre de la chair.

Pour mémoire

Nous avons voulu sauver, dans ce qui nous entoure, une chose par jour, image, parole ou oiseau, et l’épingler sur le papier avant qu’elle ne s’évanouisse. C’est ainsi que nous avons cueilli au fil de deux saisons, tantôt dans la pénombre et tantôt dans la grisaille, une petite lumière qui scintille : phare, étoile ou mouche à feu, l’oeil d’un grand héron, la nacre d’un coquillage, les paillettes sur la jupe d’une fillette de quatre-ans-bientôt-cinq pour qui le monde entier est encore brillant comme un sou neuf. Cet ouvrage est un répertoire de miracles fragiles et minuscules que nous avons choisi de garder comme on conserve les fleurs entre les pages d’un livre pour pouvoir continuer à les admirer en hiver – une manière d’antidote au cynisme, à l’absurde, au découragement qui nous assaillent du dedans comme du dehors. Un tout petit acte de résistance.

L’apparition du chevreuil

Au XXIe siècle, entre deux révoltes féministes, une écrivaine se retire dans un chalet après avoir été victime de harcèlement sur les réseaux sociaux. Remontant le cours de la colère, une histoire familiale revient la hanter. Au coeur d’une tempête qui à la fois obscurcit et enlumine le paysage, elle appréhende la forêt où rien n’est tranquille. Abandonné et rongé par la mérule, le chalet voisin se dresse comme une menace. Et si on l’avait suivie ?

Tel le chevreuil qui avance dans la neige et trace un ravage, cette oeuvre haletante, lucide et splendidement ornementée provoque un nécessaire fracas et expose, au temps de la prédation, un drame trop familier pour qu’on puisse se permettre de ne pas le raconter.

La Société du feu de l'enfer

«Un hurlement féroce lancé dans le champ de mines chaotique et magnifique de l’existence.»

Toronto Star

1978. La guerre civile bat son plein et ravage Beyrouth. Pavlov, fils d’un entrepreneur de pompes funèbres, habite une rue surplombant le cimetière de l’enclave chrétienne de la ville. À la mort de son père, il reçoit la visite d’un homme excentrique, membre de la Société du feu de l’enfer. Ce groupe secret auquel son paternel avait appartenu veille à l’inhumation ou à la crémation des exclus, athées et homosexuels abandonnés par leur famille, le clergé ou l’État. Pavlov accepte l’offre qui lui est faite de reprendre cette tâche. De son balcon, il observe les processions funéraires, nombreuses en cette période de conflits, et chronique les jours sombres d’une communauté vacillant au bord du gouffre.

Tragicomédie d’une remarquable acuité, La Société du feu de l’enfer dissèque avec maestria les jours de guerre, la folie des hommes et l’absurdité de leurs gestes. L’auteur de Parfum de poussière (Prix des libraires du Québec) signe une proposition subversive exaltante, confirmant la somptuosité de sa plume et l’importance de sa voix.

Traduit de l’anglais par Sophie Voillot

Oshima

Pour Akamaru, jeune Eurasien établi à Paris, le moment semble mal choisi pour se lancer dans un périple de dix mille kilomètres afin de rejoindre Oshima, son île natale.

En 2043, l’écroulement de la civilisation thermo-industrielle entraîne déjà de graves pénuries et la crise sociale s’intensifie. Mais le pire reste à venir : l’Effondrement global des réseaux paralyse Internet et tous les systèmes électriques ou électroniques. La terre entière se retrouve soudainement plongée dans l’obscurité et le silence.

Si Akamaru se résout à quitter des êtres chers, c’est que l’appel des origines et sa quête d’identité sont à ce prix. Sur un chemin semé d’embûches, il évitera les pièges d’un monde soumis au chaos.

Avec ce roman de la route futuriste et intime, Serge Lamothe nous convie à la rencontre d’une humanité résiliente, héritière d’une culture millénaire, et rappelle que c’est à travers l’expérience de nos limites que nous est révélée notre véritable nature.

Ceci est une boutique de démonstration pour test — aucune commande ne sera honorée. Rejeter