Lire plus loin

Alex McCann

Saint-Nicolas-des-Marins - Alex McCann

Fiche de lecture

À Saint-Nicolas-des-Marins, tout le monde dépend des marins qui font battre l’économie et, derrière les portes closes, les cœurs. Mais quand le froid tombe du jour au lendemain, la mer gèle, emprisonnant bateaux et marins dans la glace. La survie de tous est menacée, et les tensions augmentent entre les villageois et Nico, gardien du phare, marchand de plaisir et, surtout, fils de sorcière.

Au cœur de cet interminable hiver, Nico ne peut compter que sur une poignée d’alliés : le boucher Elio Cabale et les orphelins que le village a rejetés. Alors que la cruauté des Marinois s’exacerbe, Nico met en branle une vengeance qui n’épargnera personne.

Dans ce premier roman empreint d’une force poétique renversante, Alex McCann emprunte au conte les codes permettant de défier les logiques d’exclusion, les périls du conformisme et la tyrannie des fausses apparences.

Faits saillants

  1. Éléments surnaturels, lieux imaginaires.

  2. Réflexions sur l'exclusion, la colère et la vengeance.

  3. Chapitres courts et percutants.

  4. Mentions de sexualité et de violence (non-explicites).

Informations pédagogiques

Époque

Indéfinie, antérieure au monde contemporain.

Lieu

Village fictif de Saint-Nicolas-des-Marins, bord de mer.

Thèmes

Mécanismes d'exclusion, hiérarchies sociales, conformisme et marginalité, hypocrisie du pouvoir, foi et croyances, sorcellerie, univers maritime, hiver, familles choisies, rage, vengeance, amour, rapport à la mort.

Style et construction du récit

Courts chapitres de moins de deux pages. Récit narré du point de vue du protagoniste, Nico, avec des incursions dans la psyché collective d’un groupe d’enfants. Ces passages sont narrés à la fois à la première personne du singulier et à la première personne du pluriel, créant un mode langagier unique. Le ton général est poétique, évocateur, sensuel et tranchant.

Pistes de réflexion

  1. Motivées par sa révolte contre les gestes cruels des villageois, les réactions de Nico sont-elles justes ou excessives ? Proposer aux étudiant·e·s un débat sur le sujet.

  2. Pour créer la voix des Orphelins, l’auteur joue avec les règles grammaticales et syntaxiques. Inviter les étudiant·e·s à créer un texte où iels détournent certaines règles ou usages afin de créer un effet.

  3. Alex McCann considère Anne Hébert comme une de ses plus grandes inspirations. Réfléchir, individuellement ou en groupe, aux parallèles entre Saint-Nicolas-des-Marins et l’écriture d’Anne Hébert.

En complément

Lectures complémentaires

Peau-de-sang, roman d’Audrée Wilhelmy

Querelle de Brest et Notre-Dame des Fleurs, romans de Jean Genest

L’avalée des avalés, roman de Réjean Ducharme

Pour les âmes, recueil de Paul-Marie Lapointe

Une saison dans la vie d’Emmanuel, roman de Marie-Claire Blais

L’œuvre d’Anne Hébert

Vers d'autres arts

Les Roses d’Héliogabale, tableau du peintre Lawrence Alma-Tadema

Extraits

  1. Page 18

    Le monde est immobile. Le vent souffle, mais rien ne bouge. Malgré le rideau de neige qui s’abat sur mes yeux, je vois que sur la mer, les vagues ont gelé dans leurs mouvements, à demi menaçantes. Au large, je devine le paysage étrangement beau d’une forêt de membres, des bras, des jambes, des torses et des mâts de bateau, tous prisonniers du froid. Encore plus loin, à l’extrême large d’où nous arrivent les marins, toujours ce blanc-gris interminable, presque infini.

    Impureté sur ce grand monde blanc, je m’avance sur la grève. Sous mes pieds, les galets explosent comme les coques des bateaux, comme des œufs vides, des crânes rejetés par la mer. J’avance sur la grève et j’observe la glace. Je pose mes doigts dessus, savoure la brûlure du froid. D’un coup de pied, j’essaie de la briser, sans succès. Elle empêchera d’autres marins de venir.

    J’avance sur l’eau jusqu’à une de ces vagues mort-nées et je ramasse un glaçon que je porte à ma bouche. Les yeux fermés, je le suçote, mais rien n’y fait.

    Il ne fond pas.

  2. Page 29

    Comme ma mère de son vivant, j’habite les cauchemars des enfants et les histoires autour du feu. Je suis Nico, mais pour les Marinois, je suis terreur, punition et démon. Je fais cailler le lait, mourir le bétail et j’empêche le pain de lever. Je ruine les mariages et tue les bébés qu’on baptise trop tard. J’apporte l’orage, la sécheresse, la famine, la maladie et les tempêtes. Tous me craignent comme ils craignaient ma mère : avec le respect qu’impose la menace.

  3. Page 89

    Avant, c’était le froid. C’était la pénombre épaisse et poisseuse, les engelures. Avant, c’était la faim, les ventres tordus de douleur et les langues desséchées. Avant, j’avais un nom de fleur. Celle-là, un nom d’oiseau. Celui-ci, le prénom de son grand-père. Avant, c’était moi, unique et face au monde, l’espace entre mes côtes comme seul retranchement.

    Désormais, je n’existe plus. Au milieu de l’hiver et de ma nouvelle fratrie orpheline, mes gestes sont les nôtres, mes pensées et mon corps aussi. Autrefois uniques, puis masse informe, nous voilà quelque part entre les deux, pas tout à fait moi, mais pas tout à fait eux non plus.

    Ne nous enviez pas. Nous menions une vie d’indigence, abandonnés par les mêmes corps qui nous avaient permis de respirer. J’existais sur la bordure du monde, maintenu en vie par la mauvaise conscience qui pousse à tendre la main pour aussitôt la retirer. Ne nous enviez pas, cela ne vous servira à rien. Ne nous plaignez pas non plus, vous en seriez incapables. Vous ne pourrez jamais être comme moi, car pour cela, il faut avoir marché longtemps en périphérie des consciences. Et surtout, il faut en avoir assez.

    La vie que nous menons se situe quelque part entre la mort et la guerre. Ne nous plaignez pas, car si Nico nous a enlevé nos noms, il nous a donné une voix. En échange, je lui ai donné nos bras en sacrifice.

Programme de récompenses d'Alto Cliquez ici pour plus d'information