Dessiner et créer font partie de l’identité d’Arizona O’Neill. En retraçant son parcours, l’autrice-illustratrice raconte comment elle a conçu son premier roman graphique, Opioïdes et organes, depuis ses premiers dessins d’enfance jusqu’à la dernière page du livre.
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Quand j’étais petite, ma mère m’assoyait devant elle et me donnait des idées de dessin. J’ai été élevée par une mère célibataire qui aspirait à devenir écrivaine. Nous passions nos journées dans les bibliothèques et les cafés, où je dessinais pendant qu’elle écrivait son premier roman. Plus tard, j’illustrerais ses œuvres, mais dans ma tête nous collaborions déjà.
Ma mère activait mon imagination en me proposant une scène à dessiner. Très jeune, j’avais déjà compris qu’une illustration doit raconter une histoire. Parmi mes dessins préférés de mon enfance, il y en a un qui montre un groupe de corneilles à des funérailles. Très probablement une suggestion de ma mère.

Lorsqu’est venu le temps de choisir une spécialisation au cégep et à l’université, le dessin faisait déjà partie de mon identité. Je savais que, d’une manière ou d’une autre, il s’inscrirait dans ma pratique artistique. J’ai donc commencé mes études en beaux-arts au Collège Dawson. Là, j’ai développé des techniques de dessin importantes qu’il est difficile d’apprendre par soi-même, comme la théorie des couleurs et la perspective. Par la suite, je n’ai plus senti le besoin de continuer à dessiner au niveau universitaire, car j’étais déjà très à l’aise avec cet art. J’ai donc changé de voie et me suis inscrite à l’École de cinéma Mel-Hoppenheim, à Concordia, pour poursuivre mon parcours. J’y ai obtenu un baccalauréat et une maîtrise en production cinématographique.
Mes études en cinéma ont été un facteur inestimable dans mon choix de me tourner vers le roman graphique. C’est là que j’ai véritablement appris à raconter des histoires de longue haleine avec des images. À éviter les explications condescendantes. À montrer plutôt qu’à dire. À composer un cadrage dynamique. À toujours avoir une intention derrière chaque décision artistique.
J’aborde la bande dessinée un peu comme un film en préproduction. J’ai écrit mon livre au complet comme un scénario, en utilisant la terminologie et la structure cinématographiques. Au lieu de le découper en scènes, je l’ai découpé en pages, en commençant par noter une description de l’action et du dialogue pour chaque page. Le synopsis d’Opioïdes et organes est passé par plusieurs versions différentes. J’ai consacré des années à la recherche, à la rédaction et à l’illustration du livre.
J’ai l’immense chance d’avoir une mère écrivaine. En l’observant, j’ai compris combien d’heures de travail sont nécessaires pour faire aboutir un processus d’écriture. Pendant des années, j’ai été témoin de son extraordinaire ardeur au travail. Cela m’a encouragée à me lancer dans l’intimidant projet d’écrire un roman graphique de 375 pages.
Une fois le scénario finalisé, lorsque j’ai jugé qu’il n’y avait plus de modifications à y apporter, j’ai esquissé toutes les pages du livre en petites vignettes dans un carnet.


À partir de ces croquis, j’ai dessiné les pages finales au crayon avant de les encrer. Elles sont de la même taille que la version publiée.




Il est vraiment impossible de calculer le nombre d’heures de travail nécessaires à la création d’un roman graphique. Il faut aimer le processus et avoir confiance en notre capacité à le mener à terme. Une chose que j’ai apprise en discutant avec d’autres bédéistes, et en créant ma propre bande dessinée, c’est qu’il n’existe pas de « bonne » méthode pour créer un roman graphique. Chaque illustrateur ou illustratrice trouve son propre processus, puis s’y tient, tout simplement.
Le jour où j’ai illustré la dernière page du livre, j’ai pleuré. Non seulement à cause de la charge émotionnelle que ce récit représentait pour moi, mais aussi à cause du soulagement de savoir que j’étais arrivée au bout du cheminement. J’ai écrit ce livre pour essayer de trouver la paix après la mort de mon père : des années plus tard, j’y étais enfin arrivée.
Comme le dit ma mère dans le livre : « Transforme tes obsessions en œuvres d’art. » C’est ce que j’ai fait.




Traduction de la bulle : On me dit toujours que j’ai le sourire de mon père.