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Christiane Vadnais

Faunes

Fiche de lecture

À une époque où la nature a été entièrement cataloguée, colonisée ou assujettie, on peut encore découvrir quelques espaces insoupçonnés à la lisière de la civilisation : des chemins effacés par la neige, des villages mauvais. Il faut rester à l’affût pour les débusquer.

Sinon il suffit de suivre Laura sur les routes menant à la brumeuse cité de Shivering Heights ou vers le hameau flottant au milieu d’un lac infesté de dangers sous-marins. Dans ces lieux fuyants, là où les histoires se tissent comme des constellations, cette biologiste embrasse la fulgurance de la nature comme les secrets de la science avec la force d’une conquérante et l’innocence d’une volontaire promise au sacrifice. Scientifique têtue, amoureuse inquiète, Laura mène un combat pour la survivance sans se douter que le brouillard estompe les frontières entre les humains et les monstres, que l’eau charrie des menaces qui enflent avec la pluie.

Il n’y aura pas de vivant sans dévoration.

Première œuvre fiévreuse, séduisante et imprévisible, Faunes dresse un inventaire fascinant de spécimens humains ballottés au gré d’instincts premiers.

Informations pédagogiques

Époque.s

Futur proche, temps indéfini

Lieu.x

Lieux fictifs; on imagine le continent américain

Thème.s

Écologie, nature, animalité, instinct, métamorphose, mutation, interactions entre les espèces, destruction de l’environnement, perpétuation de la vie

Style et construction du récit

Chaque chapitre de Faunes, dont les titres sont des mots latins, peut être lu comme une nouvelle. Des personnages, des lieux et des thèmes récurrents indiquent toutefois qu’ils font partie d’un même univers. Quatre pages noires, où l’auteure évoque les songes de l’espèce humaine, ponctuent le livre. Le style est foisonnant, porté par un vocabulaire riche et soigneusement rythmé.

Pistes de réflexion

  1. Expliquer aux étudiants le concept de dystopie, en leur donnant des exemples tirés d’œuvres proches de leur réalité (Hunger Games, Black Mirror, La servante écarlate, Walking Dead, Fahrenheit 451). Montrer ce qui fait l’originalité de Faunes en tant qu’œuvre dystopique. Proposer un exercice où les élèves sont invités à présenter une œuvre dystopique de leur choix.

  2. Proposer un exercice d’écriture inspiré à la fois de Faunes et des Métamorphoses d’Ovide, où un personnage se transforme en animal ou en végétal.

En complément

LECTURES

Les métamorphoses, d’Ovide
La métamorphose, de Franz Kafka
L’Île du docteur Moreau, de H.G. Wells
Truismes, de Marie Darrieussecq
La trilogie Le dernier homme, par Margaret Atwoods

VERS D'AUTRES ARTS

Beasts of the Southern Wild, film de Benh Zeitlin
Princesse Mononoke, film d’animation de Hayao Miyazaki
Les œuvres de Fanny Mesnard, les toiles d’André-Philippe Côté, les sculptures de Jean-Robert Drouillard et les sculptures et les installations de David Altmejd

Extraits

  1. p.93

    Sa peau, phosphorescente, rappelle celle des créatures qui hantent les caves humides, ou peut-être les malades suintant de vertiges. Par canicule comme par temps frais, une bruine délicate recouvre son front. L’eau lui plait; on raconte que certaines nuits, des propriétaires la retrouvent dans leur piscine isolée, nageant avec un naturel désarmant.

    Sur le tronc des arbres, cette nuit, elle récolte un lichen gris comme la poussière, qu’elle glisse entre ses lèvres. L’amertume la fait grimacer. Elle se tourne vers les mousses veloutées, foisonnantes comme des pelages, qu’elle caresse puis arrache du bout des ongles avant de les poser sur sa langue.

  2. p.33

    Au milieu du lac, le hameau, encerclé de bestioles aériennes et de créatures sous-marines, est un noeud fourmillant d’appétits. Sur le pont, les chaussures claquent sur le bois fendillé, les bouches halètent, les bassins ondulent. On croirait que les ventres n’ont pas de fond et les que villageois ont la cinétique des dan­seurs à ressort. On croirait que les phalènes que Laura regarde voler, fascinée, ne sont pas des insectes mais des fées marraines scintillant dans le pétrole de la nuit. Il semble que la fête n’aura aucune fin et que les habi­tants du village resteront ainsi, animés d’oscillations, traversés de sursauts, sans que l’aube pointe jamais son nez rouge.