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Robbie Arnott

Flammes Robbie Arnott

Fiche de lecture

Les femmes du clan McAllister ont une fâcheuse propension à revenir brièvement de l’au-delà, couvertes de mousse ou de coquillages, des algues ou d’élégantes fougères en guise de chevelure. Inquiet que sa sœur Charlotte trépasse avant lui et le tourmente, Levi prend les grands moyens pour lui offrir le plus extraordinaire, le plus sûr des cercueils. La principale intéressée, déterminée à jouir pleinement de sa vie comme de sa mort, prend la clé des champs et entame un long périple à travers une Tasmanie féérique.

Ailleurs, un rat d’eau remonte le courant en quête de la Déesse Nuage, un pêcheur chasse le thon en duo avec un phoque, un gardien de wombats devient un oiseau, un père prend forme à partir d’une flamme…

Jonglant avec les codes du roman policier, du réalisme magique et du récit naturaliste, Robbie Arnott signe un premier roman jubilatoire à la forme éclatée, généreux en descriptions luxuriantes. Un hommage superbe au pouvoir de l’imaginaire que ne manqueront pas de célébrer celles et ceux qui aiment s’abandonner à la beauté des mots et du monde.

 

Deux versions de la couverture de la première édition de cet ouvrage ont été imprimées en risographie : Wombat céleste (bleu) et Spectre sarcelle (vert). 

Traduit par Laure Manceau

Titre original: Flames

Informations

Époque

De nos jours

Lieux

Tasmanie, Australie

Thématiques

le pouvoir de la nature, le surnaturel, légendes liées aux animaux, cercueils et résurrection, grands espaces, petites communautés, pêche, élevage

Style et construction du récit

alternance de plusieurs narrateurs (humains, animaux ou entités, élément naturel), un chapitre épistolaire, style ample et imagé, présence de réalisme magique. Les chapitres portent des noms de matière : cendre, bois, charbon, neige.

Pistes de réflexion

  1. Écrire un texte en adoptant le point de vue d’un narrateur inusité, soit un animal ou un élément (feu, eau, air, etc.)

  2. Trouver des exemples d’écofiction, un genre littéraire de plus en plus présent parmi les publications locales et mondiale, et discuter de l’intérêt et des écueils que peuvent comporter ces romans (ou nouvelles) à forte teneur écologique et imaginaire

  3. À partir de Flammes, créer un carnet de notes et d’images regroupant des animaux, professions, arbres, traditions et histoires propres à la Tasmanie. Comparer avec un site Web ou un guide de voyage consacré à cette île pour voir comment la fiction peut informer, mais surtout transcender les informations factuelles, sur une région donnée.

En complément

LECTURES

Faunes de Christiane Vadnais, Alto

Indice des feux d’Antoine Desjardins, La Peuplade

Un vrai crime pour livre d’enfant de Chloé Hooper, éditions Christian Bourgois

Le corps des bêtes d’Audrée Wilhelmy, Léméac

La saison des ouragans de Fernanda Melchor, Grasset

Les Écofictions. Mythologies de la fin du monde de Christian Chelebourg, Les impressions nouvelles

L’oiseau de pluie de Robbie Arnott (traduit par Laure Manceau), Alto

VERS D'AUTRES ARTS

Kylie Elkington, Valerie Sparks et d’autres artistes visuels de Tasmanie qui s’inspirent de la nature

Princesse Mononoké, film de Hayao Miyazaki

Les documentaires de la série Planet Earth, de la BBC

 

Extraits

  1. ”Notre mère nous revint deux jours après la dis­persion de ses cendres au-dessus des gorges de Notley Fern. Il s’agissait bel et bien d’elle – et en même temps, pas du tout. Depuis qu’on l’avait éparpillée parmi les frondes de Notley, elle avait changé. Sa peau était désormais recou­verte de mousse moelleuse et verdoyante piquée de jeunes pousses d’hyménophylle. Six larges frondes de fougère arborescente avaient germé dans son dos et s’étiraient en dessous de sa taille en une queue de paon végétale. Et à la place de ses cheveux cascadaient des feuilles d’adiante vert gazon – peut-être la plus élégante de toutes les fougères.

    Ça n’avait rien d’exceptionnel dans notre famille.” (p.9)

  2. ”Le Dieu Esk bâilla, réveillé par la lumière brûlante. D’habitude, le soleil faisait tomber sur lui de paresseux rayons jaunes, le tirait lentement du sommeil, mais l’éclat de ce matin venait de lui arriver en pleine face à cause d’une guenon au visage pâle. Il cligna des yeux, vit un jean sale, une peau laiteuse, des cheveux d’encre. S’il ne lui était pas si reconnaissant – la chaleur qu’ils avaient partagée dans la nuit lui avait procuré ses meilleurs rêves depuis des décennies – il lui aurait sauté à la gorge et aurait laissé sa vie s’écouler sur la promenade glissante. Aucune créature ne peut regarder le Dieu Esk avec autant d’insolence et croire qu’elle s’en sortira indemne.” (p.49)

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