Couverture Le malenchantement de sainte Lucy
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Zsuzsi Gartner

Le mal­enchan­tement de sainte Lucy Zsuzsi Gartner

Fiche de lecture

La vie de Lucy, une catholique à la croyance périmée, prend une tournure inattendue lorsque son cousin Zoltán lui fait de troublants aveux sur son lit d’hôpital. À partir de ce moment, de parfaits inconnus livreront des confessions de plus en plus étranges à celle qui devient une sorte de mur des Lamentations humain. S’enchaînent ainsi coïncidences incongrues et confidences de mères errantes, secrets de compositeurs aveugles, de plantes vengeresses et de chiens savants, autant de pièces d’un casse-tête existentiel jubilatoire qui révèle avec une ruse diabolique un mystère presque aussi grand que la foi. 

Roman boîte à surprises implacable teinté d’une exubérante folie, Le malenchantement de sainte Lucy offre un évangile moderne et vitaminé propre à convertir les sceptiques comme les moroses.

Traduit par Éric Fontaine

Titre original: The Beguiling

Faits saillants

  1. Des personnages hauts en couleur

  2. Un roman sur le deuil et ses différentes manifestations

  3. Une structure narrative originale et déstabilisante

  4. Un humour féroce et mordant

  5. Mention de meurtres, de violence graphique, de maladie et de suicide

Informations pédagogiques

Époque·s

Les années 2010-2020 (avec plusieurs allers-retours dans le passé et le futur).

Lieu·x

Calgary, Vancouver et Toronto (majoritairement) de même que plusieurs lieux en Europe, en Océanie, en Asie et ailleurs qui sont mentionnés brièvement.

Thèmes

Deuil, amitié, maternité, religion, péchés, identité, cinéma, remords.

Style et construction du récit

Une narration au « je », qui bascule rapidement dans une structure en tiroirs où de nombreuses narrations s’additionnent au fil des rencontres de la protagoniste, le tout interrompu par de brefs intertextes sur le deuil et les regrets.

Pistes de réflexion

  1. Amorcer une discussion sur le deuil et les manières de le vivre. La religion ou la spiritualité peuvent-elles aider les gens à « faire leur deuil » ? Pourquoi certaines personnes pensent-elles qu’un deuil animalier n’est pas la même chose que le deuil d’un être humain ?

  2. À la mort de son cousin, Lucy se découvre un étrange pouvoir, celui de déclencher les confessions de parfaits étrangers. Proposer aux étudiant·e·s d’écrire une nouvelle au sujet d’une personne qui est soudain dotée d’un pouvoir inattendu qui peut être à la fois bénéfique et problématique pour cette personne. Ceux et celles qui le veulent peuvent ensuite lire leur texte devant le groupe.

  3. Organiser une séance de cinéma pour présenter les bandes-annonces des films mentionnés par Zoltán et Lucy. La plupart peuvent être trouvées sur YouTube. Quels films attirent la faveur du groupe ? Pourquoi ? Y a-t-il des films qu’ils ou elles connaissent ou ont déjà vus ?

     

En complément

Lectures

Le bel enchantement de Zsuzsi Gartner (entretien avec l’auteure)

Wonder Woman # 750, comic book par un collectif d’auteurs et d’illustrateurs

Les confessions, autobiographie d’Augustin d’Hippone

La maison des feuilles, roman de Mark Z. Danielewlski

Cartographie des nuages, roman de David Mitchell

Le roman de la momie, roman de Théophile Gauthier

Manuscrit trouvé à Saragosse, roman de Jean Potocki

L’école des films, roman de David Gilmour

Vers d'autres arts

Cinéma Paradiso, film de Giuseppe Tornatore

Seven, film de David Fincher

Truman Capote, film de Bennett Miller

Boulevard du crépuscule, film de Billy Wilder

Mulholland Drive, film de David Lynch

Confessions, film de Luc Picard

Extraits

  1. Page 26

    Je l’ai embrassé en guise d’au revoir. Pas sur le front, pas sur la joue. J’ai déposé un baiser sur ses lèvres. Une tentative pour le ressusciter par le bouche-à-bouche. La seule chose que je n’ai pas pu accomplir a été de faire jaillir l’unique larme nécessaire pour le réanimer comme dans La reine des neiges, quand les pleurs brûlants de la petite Gerda font fondre le bloc de glace autour du cœur de son camarade de jeu. À part un moment fugace à l’école primaire où je pouvais miraculeusement larmoyer à volonté, je n’ai jamais été du genre à pleurer. Je me suis même demandé plus d’une fois si mes canaux lacrymaux étaient fonctionnels.

  2. Page 30

    Mais immédiatement après l’enterrement de Zoltán, ma vie a pris un tournant inattendu. Dans le lent ascenseur de l’Hôtel Sylvia, un alpiniste vieillissant m’a raconté comment, vingt ans plus tôt, lors d’une ascension du mont Elbrouz, dans le Caucase, il était tombé sur le corps d’une alpiniste emprisonné dans la glace. Dans son empressement à atteindre le sommet, il n’avait rien dit à qui que ce soit, même s’il savait qu’on recherchait la dépouille de cette femme depuis cinq ans.

  3. Page 118

    L’acquisition d’un chien m’a changée plus profondément que d’avoir un enfant. En général, on rit quand je fais cette déclaration, croyant à une plaisanterie, mais certaines personnes, les nouvelles mamans en particulier, reculent ostensiblement d’un pas. Gimli a évidé mon cœur par le milieu et y a inséré un robinet d’où s’est déversé, si ce n’est une affection mielleuse pour le genre humain, à tout le moins une nouvelle tolérance pour les gens et leurs manies qui m’avait jusqu’alors fait défaut Devenir mère m’avait simplement donné des envies de meurtre.

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