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Jonas Gardell

N’essuie jamais de larmes sans gants Jonas Gardell

Fiche de lecture

Rasmus fuit son village et l’étouffant nid familial pour se jeter à corps perdu dans sa nouvelle vie à Stockholm, où brille l’espoir d’être enfin lui-même. Benjamin, lui, est déchiré entre le chemin tracé d’avance par son appartenance aux Témoins de Jéhovah et son simple désir d’aimer quelqu’un qui l’aimera en retour. C’est Paul, mère poule pour les gais égarés, qui les réunit par hasard une nuit de Noël. Ils repartiront main dans la main sans savoir que leur pas de deux enfiévré les mènera au bord de l’abîme. Que l’un d’eux tombera sous la lame d’une faucheuse que personne ne connaît encore : le sida.

Magistral hymne à la vie et à la tolérance vendu à plus d’un demi-million d’exemplaires et adapté à la télévision, N’essuie jamais de larmes sans gants documente parfois crûment une époque incandescente et trouble dans une prose sans compromis. Un témoignage aussi déchirant que nécessaire, pour ne pas oublier le chemin parcouru et pour continuer d’avancer, ensemble.

Traduit par Jean-Baptiste Coursaud et Lena Grumbach

Titre original: Torka aldrig tårar utan handskar

Faits saillants

  1. Traduction de Torka aldrig tårar utan handskar, initialement publié en trois tomes.

  2. Fresque de l’épidémie du sida en Suède, de son effet sur toute une génération et de sa couverture médiatique.

  3. Histoire d’amour axée sur deux protagonistes et sur la communauté qui les entoure.

  4. Témoignage rigoureusement documenté nourrissant la mémoire collective.

  5. Avertissements : représentations de violence homophobe, scènes de sexualité.

Informations pédagogiques

Époque·s

années 80

Lieu·x

Suède (Stockholm, Koppom)

Thèmes

Religion, identité, amitié, amour, sexe, honte, urgence de vivre, liberté, maladie, mort.

Style et construction du récit

Roman extensif (824 pages) subdivisé en trois parties : l’amour, la maladie et la mort. Trame reposant sur des sauts temporels, plongeant les lecteurices dans l’enfance des personnages, les propulsant vers leur rencontre, leur vie commune et leur mort, annoncée dès le début du roman. Écriture poétique doublée d’une approche sociologique contextualisant le récit dans son lieu et son époque, notamment par l’intégration d’extraits journalistiques. Narration porteuse d’amour et de résilience, mais aussi de colère contre les gouvernements et d’impuissance face à la crise.

Pistes de réflexion

  1. Analyse (structure) : L’écriture de Gardell fait revenir certains passages à plusieurs reprises. Repérer l’un de ces extraits. Quel effet sa répétition produit-elle ?

  2. Analyse (symboles) : Discuter de la charge symbolique des images présentées dans le roman (par exemple: l’élan blanc ou la buée contre la vitre) et de leurs interprétations possibles.

  3. Discussion/partage : Le roman N’essuie jamais de larmes sans gants met de l’avant une famille choisie. Discuter de la fonction des soupers de Noël chez Paul et de l’importance d’une parenté non-biologique, notamment pour les communautés LGBTQIA2S+. La discussion pourrait ouvrir sur d’autres objets culturels (séries, films) ou tirer exemple d’expériences personnelles.

En complément

Lectures

L’Immeuble Christodora, roman de Tim Murphy

Le garçon qui n’existait pas, roman de Sjón

À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, roman d’Hervé Guibert

Illness as Metaphor and AIDS and Its Metaphors, essai de Susan Sontag

The Spaces Between Us: Poetry, Prose and Art on HIV/AIDS, dirigé par Kelly Norman Ellis et M.L. Hunter

Les poèmes de Karin Boye, citée dans le livre

Vers d'autres arts

N’essuie jamais de larmes sans gants, adaptation scénique de Véronique Côté et d’Alexandre Fecteau

Snö (Don’t Ever Wipe Tears Without Gloves), mini-série suédoise réalisée par Simon Kaijser da Silva

120 battements par minute, film de Robin Campillo

Les artistes regroupé-e-s dans l’exposition Every Moment Counts—AIDS and its Feelings

Les chansons de Shirley Bassey, citée dans le livre

Extraits

  1. Page 12

    Ce qui est raconté dans cette histoire s’est passé simultanément dans beaucoup d’autres lieux, à la même époque, mais c’est à d’autres d’en faire le récit. Ce qui est raconté dans cette histoire continue de se passer aujourd’hui, ça se passe tout le temps, mais ça non plus n’appartient pas à ce récit, même s’il se perpétue jusqu’à nos jours. Raconter est une sorte de devoir. Une manière d’honorer, de pleurer, de se souvenir. Une manière de mener la lutte de la mémoire contre l’oubli.

  2. Page 314

    Tout a tendance à se mélanger. Tout est partout à la fois. Toutes les phases de son existence.

  3. Page 317

    Il est peut-être utile de penser qu’un train n’est pas un train, qu’un bus n’est pas un bus, que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être, que chaque création est nouvelle et n’a pas encore fait ses preuves, qu’elle devrait avoir le droit d’évoluer en toute autonomie, de s’épanouir dans un spectre infini de variétés et de possibilités.

  4. Page 320

    C’est un service d’isolement, on est évidemment isolé. C’est le but. Le nom lui-même le sous-tend. On est séparé de. Expulsé de. Comme quand il était petit et solitaire, il s’isolait, il restait en retrait, mettant entre lui et les autres une distance mesurée. La ville se situe en bas de la longue côte qui mène ici. C’est là-bas que les autres se trouvent, que la danse se poursuit, que la vie se déroule — comme si rien ne s’était produit. Comme si personne n’avait été séparé de. Expulsé de.

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