Lire plus loin

Rawi Hage

Parfum de poussière

Fiche de lecture

Il pleut des bombes sur Beyrouth. Par légions de dix mille, les fléaux s’abattent sur cette ville déchirée par la guerre civile. Sous un soleil de plomb, on se livre une guerre sans merci pendant que les innocents se terrent dans les abris comme des rats.

Bassam et Georges sont deux amis d’enfance qui ont grandi au milieu de cet enfer de gravats et de sang, dans l’écho assourdissant des détonations. Les deux voyous vivent de menus larcins jusqu’au jour où la dure réalité de la guerre vient les rattraper et les contraindre à un choix difficile: prendre les armes ou prendre la fuite. Tandis que Georges est séduit par les idéologies guerrières de la milice, Bassam, de son côté, rêve de s’enfuir en Europe. Mais ceux qui partent ne reviennent jamais…

Salué par la critique anglo-saxonne comme l’un des romans les plus puissants jamais écrit sur la réalité de la guerre, Parfum de poussière a révélé un écrivain doté d’un talent de conteur brut et d’une plume sauvage, hallucinée. Cru et fort comme un direct à l’estomac, ce premier roman dresse un portrait cinglant de l’absurdité de la violence qui n’est pas sans évoquer L’étranger de Camus, dont le spectre flotte sur ses pages, tachées par la poussière et le sang des hommes.

Traduit par Sophie Voillot

Titre original: De Niro's Game

Informations pédagogiques

Époque.s

La guerre du Liban (1975-1990)

Lieu.x

Beyrouth, Rome, Paris

Thème.s

La guerre, la religion, l’occupation, le patriotisme, le courage, la quête identitaire, l’exode, la violence, la moralité, l’amour, la sexualité

Style et construction du récit

Ce récit détaillant l’absurdité de la guerre est écrit dans une langue est à la fois crue et poétique. L’histoire, imprégnée d’humour noir, est racontée par Bassam. Le tout est séparé en trois parties distinctes, soit Rome, Beyrouth et Paris.

Pistes de réflexion

  1. Exercice de comparaison : Parfum de poussière permet notamment d’étudier les écritures migrantes, en approfondissant les thèmes de la quête identitaire et de l’exode. En ce sens, une comparaison avec la pièce de théâtre Incendies, de Wajdi Mouawad, pourrait être faite.

  2. Il est possible d’approcher Parfum de poussière comme un roman d’apprentissage contemporain. En interrogeant les actions de Bassam et de Georges, mais aussi en les comparant, il serait possible d’étudier l’évolution de ces deux personnages et de dégager quelles sont les épreuves qui les ont fait grandir (ou échouer), pour finalement définir si ces deux personnages sont des héros ou des antihéros.

  3. Exercice de création: Écrire un texte (une nouvelle, par exemple) mettant en scène un personnage qui, comme Bassam, caresse le rêve de quitter sa terre natale. Où vit ce personnage? Pourquoi veut-il partir? Où souhaite-t-il aller? Que pense-t-il y trouver qui lui permettrait d’être heureux?

En complément

LECTURES

Gaza 1956, de Joe Sacco
Incendies, de Wajdi Mouawad
L’étranger, d’Albert Camus

VERS D'AUTRES ARTS

Guernica, Pablo Picasso, 1937 (peinture)
Les cerfs-volants de Kaboul, Marc Forster, 2008 (film adapté du roman de Khaled Hosseini)
Les photos de Beyrouth prises par Raymond Depardon (une de ces photos a été utilisée pour la couverture du roman)
Soldat de plombAbd Al Malik, 2006 (chanson)

Extraits

  1. p.13

    Les bombes pleuvaient et j’attendais Georges.

    Dix mille bombes s’étaient abattues sur Beyrouth, cette ville surpeuplée, et j’étais étendu sur un divan bleu couvert d’un drap blanc censé le protéger de la poussière et des pieds sales.

    C’est le moment de partir, me suis-je dit.

    La radio de ma mère était allumée, comme toujours depuis le début de la guerre, grâce à ses piles Rayovac d’une durée de vie moyenne de dix mille ans. Ma mère gardait sa radio enveloppée dans un morceau de toile cirée verte bon marché percé de trous, couvert de traces de doigts et de résidus de cuisine. La poussière accumulée sur ses boutons les faisait gripper sur les bords, mais rien n’empêchait jamais les airs mélancoliques de Faïrouz d’en sortir.

  2. p.21

    Ma mère était toujours dans la cuisine à fumer ses longues cigarettes blanches. Vêtue de noir de la tête aux pieds, elle portait le deuil de son père et du mien. Elle faisait bouillir de l’eau sur son poêle à gaz, coupait la viande sur sa planche à découper, rejetait la fumée du tabac contre notre mur en ruines, à travers le verre brisé de notre fenêtre. Ici, dans sa cuisine, une bombe était tombée, ouvrant dans le mur un trou béant qui nous procurait une vue imprenable sur l’immensité du ciel. On n’allait pas le réparer avant l’hiver, pas avant que la pluie ne se mette à tomber, emportant la terre qui recouvrait les corps enterrés par nos soins. Ici, dans cette cuisine, mon père était mort; le sien avait perdu la vie plus au nord.