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Heather O'Neill

Perdre la tête Heather O’Neill

Fiche de lecture

Enfant gâtée et charismatique d’un baron du sucre, Marie Antoine est la reine des gamins du Mile doré. Jusqu’à ce jour de 1873 où elle fait la rencontre de la sombre et brillante Sadie Arnett. Elles se lient aussitôt d’une amitié tumultueuse qui les poussera vers des jeux de plus en plus dangereux, au point où on jugera nécessaire de les séparer.

Chacune de leur côté, les deux filles traversent leur adolescence, dansant entre innocence et dépravation. Pétillante et lumineuse, Marie Antoine recherche le plaisir et le luxe, tandis que Sadie plonge dans un Montréal misérable et malfamé où la classe ouvrière fomente une révolution. Toutes deux joueront un rôle inattendu dans les événements qui bouleverseront leur ville.

L’écrivaine Heather O’Neill livre ici un récit captivant sur une amitié si intense qu’elle change le cours de l’histoire. Perdre la tête est un roman puissant qui explore les questions de genre et de pouvoir, de sexe et de désir, et la force terrible du cœur humain.

Traduit par Dominique Fortier

Titre original: When We Lost Our Heads

Faits saillants

  1. Roman historique non réaliste aux personnages fictifs, s’appuyant néanmoins sur des aspects réels de l’histoire de Montréal.

  2. Roman féministe et queer, qui met en scène de nombreux personnages féminins représentant divers profils sociaux et psychologiques. Les hommes sont des personnages secondaires.

  3. L’accomplissement féminin est au centre du roman : réussite en affaires, carrière artistique (littéraire), pharmacopée et savoir médical féminin (figure de la sorcière, sages-femmes).

  4. Représentation de l’amour et de la sexualité entre filles et entre femmes. Représentation de la violence (sexuelle, économique, politique) des hommes envers les femmes.

  5. Réflexions sur le privilège, l’autonomie, l’entraide, la solidarité, la révolution.

Informations pédagogiques

Époque

D’environ 1860 à environ 1890

 

Lieux

Montréal, Londres (Angleterre), Philadelphie (Pennsylvanie), Côte est des États-Unis

Thèmes

Amitié, amour, enfance, adolescence, anticonformisme, marginalité, autonomie féminine, féminisme, lesbianisme, fluidité des genres, gémellité, classes sociales, lutte des classes, travail en usine, syndicalisme, révolution française, bilinguisme anglais-français

Style et construction du récit

Le roman compte 53 chapitres et est séparé en trois parties. La narration omnisciente alterne de chapitre en chapitre entre les personnages principaux, Marie Antoine et Sadie Arnett, de leur enfance jusqu’à leurs retrouvailles à la mi-vingtaine, après lesquelles l’alternance demeure, entre le Mile doré et le Mile sordide. La voix faussement naïve (s’appuyant à l’origine sur l’émerveillement de l’enfance) porte en fait un style riche et foisonnant, apte à représenter tant le faste victorien des familles riches de Montréal que l’effervescence sale et chaotique des faubourgs pauvres.

Pistes de réflexion

  1. Le roman est construit sur un principe de doubles et d’oppositions : jeune femme blonde qu’on adule/jeune femme brune qu’on rejette ; mile doré/mile sordide ; haute bourgeoisie/syndicalisme révolutionnaire. Trouvez le plus grand nombre possible de ces oppositions. Rendent-elles le roman manichéen pour autant ?

  2. Les noms des personnages aident à comprendre leur destin et leurs fonctions dans le récit. Analysez chaque nom présent dans le roman. Trouvez à quel personnage réel ou imaginaire ce nom renvoie, et identifiez en quoi il caractérise le champ d’action du personnage qui le porte.

  3. Le roman est résolument féministe. Identifiez les différentes manières par lesquelles les femmes s’émancipent dans le récit. Les femmes, néanmoins, sont-elles nécessairement des alliées ? Trouvez des exemples de fractures entre condition féminine et condition de classe.

  4. Lisez le poème victorien Marché gobelin (1862) de l’écrivaine anglaise Christina Rossetti (1830-1894). Analysez son rôle dans la vie des protagonistes, et plus largement dans la diégèse du roman d’O’Neill.

En complément

Lectures

Hôtel Lonely Hearts, Heather O’Neill
La philosophie dans le boudoir, Marquis de Sade
Caresser le velours, Sarah Waters
Captive, Margaret Atwood
Sister Carrie, Theodore Dreiser
Carmilla, Sheridan Le Fanu
Chez les heureux du monde, Edith Wharton
Les livres de Charles Dickens
Les livres des sœurs Brontë
Les livres de Emily Dickinson
Les livres de Victor Hugo

Vers d’autres arts

Marie-Antoinette, film de Sofia Coppola
Tipping the Velvet, série télévisée adaptée du roman de Sarah Waters
Fingersmith, série télévisée adaptée du roman du même titre de Sarah Waters
Les photos de William Notman
Les scènes urbaines du peintre William Raphael
L’art de Toulouse-Lautrec

Extraits

  1. Page 419

    Un homme rentrait du travail à pied quand il passa devant trois filles masquées. L’une d’elles lança une poignée d’osselets sur le trottoir. On aurait dit que des araignées marchaient sur ses chaussures. Il pressa le pas. Il eut la nette impression que les filles le suivaient. Il était convaincu qu’elles allaient retirer leur épingle à cheveux d’une minute à l’autre et le pourchasser en la brandissant. Elles le poignarderaient. Ou alors elles se contenteraient de l’insulter. Il ne savait pas laquelle des deux possibilités était la pire. Il regrettait d’avoir pris un chemin secondaire pour rentrer chez lui. Il aurait dû passer par la rue Sherbrooke, qui était bien éclairée et plus fréquentée. Son sentiment de malaise ne s’apaisa pas avant qu’il se trouve dans sa chambre, derrière une porte verrouillée. Il en aurait pleuré de frustration. Parce qu’il n’aurait pu dire si sa peur était infondée ou si les filles s’étaient montrées réellement menaçantes. Cette incertitude en elle-même était la source de son sentiment d’impuissance. La situation lui échappait.

    Il alla mettre la bouilloire à chauffer, mais la laissa tomber sous l’effet de la surprise. Une fille maigre, masque beige sur la tête, était tapie dans le coin de la pièce. Après avoir cligné des yeux plusieurs fois, il comprit que ce n’était qu’une lampe, bien sûr. Chaque fois qu’il fermait les yeux, les objets familiers se métamorphosaient en dangereuses jeunes filles.

  2. Page 435

    Marie n’évoquait jamais les hommes ou les maris potentiels. Les relations avec les hommes semblaient tellement banales et insignifiantes aux yeux de Sadie qu’elle considérait que cela ne valait pas la peine de s’informer des raisons de Marie. Quand elle y pensait, elle supposait que Marie avait évité le mariage pour des raisons évidentes: celui qui l’épouserait essaierait forcément de mettre la main sur sa fortune. Elle se demandait toutefois s’il était déjà arrivé à Marie de ressentir l’appel de la chair, et comment il se faisait qu’elle n’avait jamais eu la curiosité de se livrer à des expériences.

    — Pourquoi n’as-tu pas pris un amant? demanda Sadie à Marie.

    — Ça me semblait dangereux de fréquenter un homme.

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