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Nicolas Dickner

Six degrés de liberté Nicolas Dickner

Fiche de lecture

Où l’on raconte l’histoire
d’une jeune fille
qui désire repousser les
limites de l’expérience humaine,
d’un hacker
qui veut optimiser
la circulation mondiale
des bananes et des coussins,
d’une employée de la GRC
qui rêve d’en finir
une bonne fois pour toutes
avec la géographie,
d’un septuagénaire qui perd un boulon,
d’une acheteuse compulsive bipolaire,
de six perruches et d’un chat intermittent,
tous unis dans un jeu de société
à l’échelle planétaire
dont personne ne connaît les règles.

Faits saillants

  1. Le récit est à mi-chemin entre le roman policier et le roman d’aventures.

  2. Les personnages piratent les systèmes informatiques de ports commerciaux pour permettre à l’un d’eux de voyager incognito dans un conteneur.

  3. L’univers du roman s’appuie sur des recherches méticuleuses dans les domaines du trafic maritime et du piratage informatique.

  4. La construction du récit est analogue à celle d’un jeu de société.

  5. Les personnages sont animés par une même quête de liberté dans les mailles de systèmes complexes et trouvent espoir dans les « degrés de liberté » qu’ils réussissent à s’y aménager.

  6. Une annexe du livre propose quelques documents pour ceux et celles souhaitant approfondir leurs connaissances sur l’industrie maritime.

  7. La voix narrative est portée par un regard lucide et humoristique sur la société consumériste ; elle révèle les traces de poésie recelées dans l’activité industrielle.

Informations pédagogiques

Époque·s

21e siècle

Lieu·x

Montréal, Copenhague, Domaine Bordeur (localité fictive en Montérégie), Huntingdon, Valleyfield ; voies maritimes et zones portuaires à travers le monde (République dominicaine, Panama, États-Unis, Chine, Singapour, Sri Lanka, Pologne, Grèce)

Thèmes

Liberté, mondialisation, consumérisme, amitié, invention, informatique, automatisation, agoraphobie, claustrophobie, piratage, géographie, transmission des savoirs

Style et construction du récit

Le récit est divisé en cinquante-neuf chapitres de plus en plus courts au fur et à mesure que l’intrigue avance vers sa résolution. Deux trames centrales s’alternent, ce qui permet d’offrir à la fois une perspective interne et externe sur de mêmes événements. Les temporalités distinctes des deux trames entretiennent un effet de suspense jusqu’à ce qu’elles se croisent à la toute fin du récit. Le style est sobre, accessible et rythmé, ponctué d’images poétiques qui prennent pour référence la culture populaire.

Pistes de réflexion

  1. Le roman fait un libre usage à la fois des codes du roman policier et du roman d’aventures. Présenter les deux différents genres et demander aux étudiant·e·s de quelle manière ils informent la construction de Six degrés de liberté.

  2. Plusieurs échos se devinent entre les idées, les péripéties, les personnages et les lieux de Six degrés de liberté. Demander aux étudiant·es de repérer des passages du texte qui contiennent des indices par rapport à la suite du récit.

  3. Nicolas Dickner confère un caractère poétique aux conteneurs de l’industrie maritime. Quels autres objets du quotidien ou du monde moderne pourraient également être resignifiés de manière poétique, et comment ? Demander aux étudiant·es d’en discuter ou d’écrire un poème ayant pour sujet un objet banal.

  4. Les motivations derrière les projets du ballon météorologique et du conteneur clandestin de Lisa et Éric ne sont jamais explicitées dans le roman. Discuter des motivations qui mènent les différents personnages à poser des gestes hors de l’ordinaire sans y chercher de récompense tangible.

En complément

Lectures

Le Tour du monde en quatre-vingts jours et Vingt Mille Lieues sous les mers, romans de Jules Vernes
Moby Dick, roman d’Herman Melville
Nikolski, roman de Nicolas Dickner
Document 1, roman de François Blais
Cherokee, roman de Jean Echenoz

Vers d’autres arts

Manufactured Landscapes, documentaire d’Edward Burtynsky
Parasite, film de Bong Joon-ho
Fitzcarraldo, film de Werner Herzog
Triangle of Sadness, film de Ruben Östlund
Mr. Robot, série télévisée de Sam Esmail

Extraits

  1. Page 27 (CODA)

    Lorsque l’avion décolle, après une éternité, elle se penche contre le hublot et regarde, tout en bas, le pays interdit. L’appareil vire vers la mer, survole le terminal portuaire de Caucedo. Dans la gare de triage, des milliers de conteneurs attendent, empilés comme les pièces multicolores d’un jeu inconnu.

  2. Pages 45-46 (CODA)

    Elle s’avance dans le passage secret en serrant dans son poing la rallonge électrique. Pour s’encourager, elle imagine des Monet oubliés et des bustes d’Anubis. Aussitôt passé le coin, Lisa aboutit dans une chambre – à peine un élargissement, à vrai dire – dans laquelle on a aménagé une espèce de repaire. Sur le plancher reposent un cendrier à moitié plein, une bouteille de Barbancourt, une pile de magazines Life, une lampe de poche militaire et un coussin pourpre à pompons dorés que des générations de mites opiniâtres ont bouffé. Le sol est jonché de crottes de souris fossilisées qui craquent sous le pied. Lisa saisit la lampe de poche, l’essuie sur sa manche et pousse l’interrupteur. Il ne reste plus de djinn dans les piles depuis longtemps. Le cendrier déborde de mégots de Craven A, et il reste deux doigts de rhum sirupeux au fond de la bouteille. Sur le bord d’un verre, on devine encore la trace brunâtre d’un rouge à lèvres. Une femme s’est cachée ici, autrefois, afin d’échapper à quelque chose, ou à quelqu’un. Peut-être simplement à l’ennui.

  3. Page 244 (CODA)

    Les déchets ont toujours été un important marqueur de classes sociales. Autrefois, les tas de fumier témoignaient de la prospérité d’une ferme. Aujourd’hui, tout le monde craint secrètement de produire des ordures ennuyantes, qui témoigneraient d’une vie plate. La poubelle est le summum de l’expression personnelle et Mark Zuckerberg devrait en prendre acte : exit les statuts de bouffe et de musique, l’avenir consiste à publier le contenu de ses poubelles.

  4. Pages 265-266 (CODA)

    Le conteneur est-il un lieu ? Non, pas vraiment. Mais il ne s’agit pas non plus d’une banale boîte, ni d’un véhicule, ni de l’équivalent transcontinental d’un ascenseur. Il est à la fois objet et infrastructure, acier gaufré et base de données ; il relève de la culture et du cadre légal. Voilà des siècles que les êtres humains sont familiers avec la géographie, avec des concepts tels que la route, le territoire, la frontière – mais le conteneur échappe à la géographie. Il opère en périphérie de la conscience collective.

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