Au cours d’un été d’orages et de tempêtes suivant la disparition de son père, Dominique Fortier tient un carnet où elle explore le pouvoir des souvenirs à nous survivre, recensant autour d’elle les mystères grands et petits jalonnant nos existences. Dans les pages intimistes de Quand viendra l’aube, l’auteure des Villes de papier et des Ombres blanches livre un bouleversant témoignage où chatoient mille et une nuances de bleu, couleur de la nostalgie, du manque et du ciel avant le lever du soleil.

C’est ainsi tout naturellement que l’esthétique – entière, lumineuse, fluviale – de Stéphanie Robert s’est imposée pour enjoliver la couverture du livre.

Alto – Vous créez par amour du territoire. Cela se ressent dans vos œuvres dont les couleurs et les formes organiques évoquent tantôt les vagues, tantôt la pluie, tantôt le rivage. On y décèle les tracés d’un béluga ou d’une maison, des lignes bathymétriques, des cartes routières. Leurs titres sont aussi parlants : Récit sauvage, Estuaire, Oies-courage… Parlez-nous de ces sources d’inspiration : de la terre, du fleuve près duquel vous habitez.

Stéphanie Robert – Nous avons choisi de vivre près du fleuve il y a bientôt cinq ans et aucune seconde depuis n’a côtoyé le doute. J’aime la nature d’un amour profond, et ce, d’aussi loin que ma mémoire me permet le souvenir. Je m’y sens chez moi, en sécurité. Mon choix de faire des études universitaires en géographie est d’ailleurs né de cet amour. L’art était finalement la voie naturelle à emprunter, mais mon parcours en géographie m’a nourrie de connaissances variées et surtout d’une capacité à embrasser large, à complexifier le regard que je porte sur le monde. Je m’incline devant le faramineux processus d’évolution que l’atteinte de l’équilibre naturel a nécessité et je vis dans une reconnaissance sans fond et sans limite de la beauté qu’il nous est donné de voir. Nous avançons souvent aveugles sur les millions d’années passées pour en arriver au degré étonnant de perfection du fou de Bassan, du petit rorqual, du caribou forestier, de la ronce petit-mûrier et du tracé des rivières. Je crois fermement que le respect de cet équilibre devrait être l’unique moteur de toutes nos actions, le filtre par lequel circulent toutes nos décisions individuelles et collectives. C’est ce qui m’inspire au-delà de tout.

Si vous pouviez traduire en mots ce que vos toiles expriment, quels seraient-ils ?

Les toiles ne servent-elles pas à s’exprimer autrement que par les mots ? L’art visuel – et d’autant plus l’art abstrait, à mon avis – s’adresse d’abord à notre cœur et à notre intuition avant de prendre contact avec notre tête, notre raison. C’est une aventure périlleuse que de tenter d’expliquer pourquoi telle couleur ou telle forme nous touche. Les raisons pour lesquelles un agencement, un détail ou une texture nous interpelle sont plus mystérieuses que le discours d’un texte ou l’histoire d’un film. Mon langage est visuel et communique avec l’intime. Il y a là une magie.

Vous travaillez l’acrylique, mais également le crayon de bois, le collage, le pastel, la broderie même. Qu’est-ce qui oriente votre démarche et le choix de la technique ?

À vrai dire, l’intégration de différentes techniques n’est pas un choix délibéré. En cherchant une harmonie entre les couleurs, les formes et les textures, les rencontres de médiums s’opèrent naturellement. Dans la vie de tous les jours, pour répondre à des besoins matériels, je m’adonne à l’artisanat. J’ai toujours aimé les travaux manuels. Dans les prochains mois, j’aspire à l’intégration dans mon art de sculptures de bois et d’argile, de tissage, de teinture naturelle et de plus de couture. Les journées ne sont pas assez longues pour combler mes besoins d’exploration et de création.

Il s’agit de votre deuxième collaboration avec une maison d’édition, la première étant avec Atelier 10 pour illustrer un essai d’Hugo Latulippe (Pour nous libérer les rivières). En quoi ces collaborations vous plaisent-elles ?

Une des choses que j’aime particulièrement, c’est quand les formes d’art se rencontrent et conversent. Lorsque les langages sont multiples, peut-être parvient-on à aborder plus d’angles ? À formuler un message plus précis ? Ou est-ce seulement la créativité qui festoie ?

Comment avez-vous conçu l’œuvre de couverture de Quand viendra l’aube ?

Au moment où j’ai lu Quand viendra l’aube, à l’invitation de Dominique [Fortier] et d’Antoine [Tanguay], il y avait ce tableau à mes côtés sur lequel je travaillais et qui m’a semblé avoir été créé pour ce texte. J’y vois l’évocation de l’eau, du mouvement, des cycles, une parenté dans l’intention.

Crédit pour les photos de l’artiste: Jeanne Rondeau Ducharme


Dominique Fortier

Quand viendra l’aube

★★★★
«De son écriture raffinée, l’autrice signe avec Quand viendra l’aube une réflexion émouvante et nuancée sur le deuil, la création et le pouvoir de la nature sur celle-ci.»

Manon Dumais, Le Devoir

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