Couverture

Maleficium se veut un tour du monde littéraire proche des Mille et une nuits où chaque destination chatouille les sens, attisés par une sensualité gothique où se côtoient érotisme et mystère. Une œuvre rare, baroque, parfumée de fantastique, portée par une langue somptueuse. Jamais le péché ne vous aura semblé aussi irrésistible.

En guise d’introduction, un certain éditeur présente Maleficium comme un ouvrage interdit, rédigé par l’abbé Savoie au tournant du XXe siècle et trouvé dans les décombres de l’archevêché de Montréal. Une fiction, certes, une mystification, mais surtout une mise en scène qui donne le ton aux différents récits qui suivront. Les sept protagonistes livrent à tour de rôle leurs infortunes de pécheurs, sous le couvert de confesses offertes à l’abbé Savoie, transcripteur de ce livre dangereux.

Ils avouent les excès auxquels les ont menés leurs passions et en exposent les pénitences. L’un a parcouru Bombay à la recherche de l’odeur du safran et en perdra le nez, l’autre a poursuivi ses leçons d’anatomie dans l’archipel de Zanzibar et en revient zébré. Le confesseur suivant dit avoir rapporté un parasite d’une chasse aux insectes dans les cités perdues du Yémen, un autre a traversé le plateau arabique pour atteindre les vallées de l’Hadramaout et s’en est retrouvé voûté. Dans chaque récit, les hommes croiseront une femme envoûtante et seront témoins d’étranges manifestations.

Au final, ces témoignages ne sont que des histoires racontées par les cousins de cette femme à la lèvre fendue afin de continuer à la tourmenter. Celle-ci saura se venger des horribles sévices qu’ils lui ont infligés.

L'époque
19e siècle
Les lieux
Montréal, Bombay, Zanzibar, Srinagar, Éthiopie, Yémen, Oman, Chiraz et Naplouse
Les thématiques
La religion, le péché, la sensualité, l'érotisme, le voyage et la figure féminine vengeresse.
Le style et la construction du récit
Le roman est une retranscription de sombres révélations dont l'abbé Savoie a été témoin au cours de sa carrière. Sans compter l'introduction et le dernier chapitre où la femme à la lèvre fendue raconte son histoire, le roman est séparé en sept parties — une pour chaque confession.

Pistes de réflexion

  • Réflexion : « Maleficium » se présente comme une œuvre mise à l’index. Réfléchir à la question de la censure et du tabou en littérature en citant des cas réels.
  • Étudier la question de la fiabilité narrative. Le lecteur est prédisposé à faire confiance. Il ouvre le livre, lit une notice lui certifiant que tout y est véridique et il le croit. Les narrations ici sont imposées comme faits parce qu’elles sont mises sur papier par l’abbé Savoie et sont présentées comme des confessions. Les personnages, lorsque présentés sans vices, sont jugés fiables, a contrario, le lecteur aura tendance à mettre en doute la parole de voleurs ou de présumés coupables. Évaluer la crédibilité des récits et l’impact de la note de l’éditeur sur la lecture en invoquant l’effet de mystification en littérature.
  • Étudier l’apport des cinq sens dans l’écriture de Martine Desjardins. En littérature, l’apport des sens est souvent relégué à l’arrière-plan, réussissant parfois à se hisser au plan thématique, tout au plus. Étudier les cinq sens tels qu’ils apparaissent dans l’espace diégétique proposé par le texte, les caractéristiques ou contraintes que cet espace impose à la vie sensorielle, et vice-versa, ainsi que les impacts de mise en évidence des sens sur la narration.
  • Exercice d’écriture : Moderniser les pécheurs. Poser leurs gestes dans un contexte contemporain et en imaginer les conséquences.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Djinn T.1 : La favorite de Jean Dufaux et Ana Mirallès, chez Dargaud

Les fleurs du mal de Charles Baudelaire

Les mille et une nuits, Anonyme

Le Moine de Matthew Gregory Lewis

Les passagers du vent de François Bourgeon, série de bandes dessinées publiée chez Delcourt

Relations de voyages autour du monde de James Cook, publié aux éditions La Découverte

Voyages au Canada de Jacques Cartier, chez Lux éditeur

 

 

VERS D’AUTRES ARTS

Into The Labyrinth de Dead Can Dance (musique)

La Plume et le sang dePhilip Kaufman, 2000 (film)

OEuvres de Hieronymus Bosch (peinture)

OEuvres de Odd Nerdrum (peinture)

OEuvres de Odilon Redon (peinture)

The Carny de Nick Cave and The Bad Seeds (musique)

« « L’odeur de safran.. d’où vient-elle? »

Elle entrouvrit les lèvres et laissa échapper :

«Sous ma tunique…»

D’un geste, je retroussai ses jupes et découvrir ses jambes, qui étaient striées de longues coulées de sang orangé. Aussitôt, le parfum de safran me prit à la gorge et les larmes m’en vinrent aux yeux. Il n’y avait plus de doute possible : la source de mon trouble émanait de la nature même de la jeune fille. »

(p.30 édition Coda)

« Le révérend Baxter était accompagné d’une jeune femme qu’il me présenta comme son assistante et qui avait elle-même l’air d’un rosier tant il y avait de fleurs piquées en couronne autour de sa tête. Ses cheveux avaient d’ailleurs la couleur du bois de rose et lui tombaient jusqu’au bas du dos – pas en boucles souples et soyeuses, toutefois, mais en broussailles rêches, enchevêtrées, hirsutes ! On aurait dit une forêt de ronces gardant le château d’une belle endormie, prête à retenir dans ses rets toute main qui s’y serait égarée. Cette coiffure donnait à la dame un air revêche, qui n’était en rien adouci par un défaut qu’elle avait à la lèvre supérieure, une sorte de cicatrice en forme de dard. »

(p. 130 édition Coda)