Couverture

Nikolski est un roman d’aventure, d’apprentissage et d’anticipation où les destins de trois personnages, liés par un seul et même ancêtre, se tissent et s’entrecroisent. C’est un récit pluvieux, où l’on boit beaucoup de thé et de rhum bon marché, et qui continue d’enivrer l’esprit longtemps après qu’on en ait lu la dernière ligne.

À l’aube de la vingtaine, trois personnages entament une longue migration qui les mènera à Montréal au printemps 1989. Ayant appris à lire avec des cartes routières, Noah Riel, originaire de l’Ouest canadien et fils d’une mère nomade, se pose dans la métropole avec l’intention d’étudier l’archéologie à l’université. Joyce Doucet, qui travaille entre autres comme poissonnière, est née à Tête-à-la-Baleine et, comme ses ancêtres, rêve de devenir pirate. Incapable de se séparer d’un vieux compas qui, plutôt que d’indiquer le nord, pointe invariablement vers l’îlot de Nikolski, un narrateur anonyme arrive à Montréal après le décès de sa mère.

Tous trois tentent de prendre leur vie en main malgré les erreurs de parcours, les amours défectueuses et leur arbre généalogique tordu. Ils se croient seuls; pourtant, leurs trajectoires ne cessent de se croiser, laissant entrevoir une symétrie au sein de leurs existences. L’histoire se termine deux jours avant Noël et huit jours avant la fin du monde. Les personnages ne sauront jamais qu’ils viennent tous du même ancêtre et ils n’auront jamais l’occasion d’apprendre à se connaître.

Époque
De 1989 jusqu’aux balbutiements du nouveau millénaire
Lieux
L'histoire a lieu principalement à Montréal, mais il y a des allusions à la Côte-Nord, aux prairies canadiennes, aux Caraïbes et au Venezuela
Les thématiques
La quête identitaire, le voyage, le nomadisme, la généalogie, le piratage informatique, le recyclage et la surabondance
Le style et la construction du récit
Le récit se déroule de manière chronologique. Le lecteur fait face à deux types de narrateurs. La narration homodiégétique est effectuée par un personnage du roman qui raconte l'histoire à la première personne du singulier, ici c'est le narrateur anonyme. Puis, la narration extradiégétique est effectuée par un narrateur omniscient. Ce dernier raconte les histoires de Noah et de Joyce.

Pistes de réflexion

  • Discussion : La structure du roman a-t-elle eu un impact sur la lecture? À quel autre roman ou film pouvons-nous comparer «Nikolski», au regard justement de sa structure? Par exemple, «Le chiendent», roman de Raymond Queneau et «Babel», film d’Alejandro González Iñárritu.
  • Analyse: «Nikolski» permet d’étudier le postmodernisme en littérature, en interrogeant l’hétérogénéité du roman. L’enchevêtrement des trois récits et, par le fait même, la pluralité des voix narratives témoignent de la fragmentation du roman, caractéristique importante de l’esthétique postmoderne.
  • Exercice de création : Écrire un texte dans lequel les trois personnages principaux (Noah, Joyce et le narrateur anonyme) se rencontrent enfin. Comment auraient-ils découvert qu’ils ont le même ancêtre, Jonas Doucet? Quelles sont leurs réactions par rapport à cette découverte? Où la rencontre a-t-elle lieu et dans quelles circonstances? Qui raconte cette rencontre, quel type de narrateur? Cette activité permettrait d’aborder la notion de transfictionnalité, développée par Richard Saint-Gelais.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Carnets de naufrage de Guillaume Vigneault, aux éditions Boréal

Chercher le vent de Guillaume Vigneault, aux éditions Boréal

Écrits fantômes de David Mitchell, aux Éditions Points

Le récital de Nicolas Gilbert, publié chez Leméac

Les falaises de Virginie DeChamplain, chez La Peuplade

VERS D’AUTRES ARTS

Babel d’Alejandro González Iñárritu, 2006 (film)

Cartographie des nuages des Wachowski et Tom Tykwer, 2012 (film)

Magnolia de Paul Thomas Anderson, 1999 (film)

 

« Par la fenêtre, on entend le rythme monotone des vagues qui déferlent sur les galets.

Chaque plage possède une signature acoustique particulière, qui varie selon la force et la longueur des vagues, la nature du sol, la morphologie du paysage, les vents dominants et le taux d’humidité dans l’air. Impossible de confondre le murmure feutré de Mallorca, le roulement sonore des cailloux préhistoriques du Groenland, la musique des plages coralliennes du Belize ou le grondement sourd des côtes irlandaises.

Or, le ressac que j’entends ce matin est aisément identifiable. Cette rumeur grave, un peu grossière, le son cristallin des galets volcaniques, le retour de vague légèrement asymétrique, l’eau riche en matières nutritives – il s’agit de l’inimitable ressac des îles Aléoutiennes.

J’entrouvre l’oeil gauche en maugréant. D’où provient cet invraisemblable bruit ? L’océan le plus proche se trouve à plus de mille kilomètres d’ici. D’ailleurs, je n’ai jamais mis les pieds sur une plage. » (p. 11 édition Coda)

« — Alors trinquons à la mémoire de ton père, de ta mère, de ta famille éparpillée et de ton vieux compas à cinq piastres qui, jusqu’à la fin, aura vaillamment indiqué le nord.

Je m’abstiens de préciser que mon compas ne pointait pas vers le nord, mais vers Nikolski : cette histoire est déjà bien assez tordue comme ça. Nous vidons nos verres avec un gloup sonore et nous les déposons sur la carte, le mien à Fairbanks, le sien en plein dans la mer de Beaufort. Ça y est : me voilà saoul, foudroyé par le cocktail d’eau glacée, de souvenirs d’enfance et de rhum bon marché – sans compter le genou de Joyce près de ma main.

Je ferme les yeux et me laisse tomber tête première dans la mer de Béring. » (p. 270-271 édition Coda)

« — Ne faites pas attention aux apparences : il s’agit d’un unicum.

— Pardon ?, fait-il avec l’air de sortir d’un rêve.

— Un unicum. Un livre dont on ne connaît qu’un seul exemplaire dans le monde entier.

Il se redresse et considère le Livre à trois têtes en fronçant les sourcils.

— Vraiment ? Comment pouvez-vous en être sûr ?

— Examinez-le bien : il contient les fragments de trois livres. Le premier tiers provient d’un ouvrage sur les chasses aux trésors. Le second tiers, d’un traité historique sur les pirates des Caraïbes. Le dernier tiers, d’une biographie de Alexander Selkirk, naufragé sur une île du Pacifique.

— Alors c’est une anthologie.

— Non : ce sont des fragments au sens propre. Des débris, des déchets. Un relieur a récupéré les carcasses de trois livres et les a cousus ensemble. C’est une pièce d’artisan, pas un objet imprimé en série. » (p. 305 édition Coda)