Couverture

Dans De synthèse, Karoline Georges explore la quête de l’absolu par l’image. À travers sa fascination pour les icônes du cinéma des années 70, le mannequinat, puis la réalité virtuelle, la narratrice du roman consacre son existence à rechercher l’image parfaite, tout en tentant d’échapper, puis de se réconcilier avec une enfance malheureuse.

Pour éviter la violence de son père et le marasme de sa mère, une enfant passe tout son temps devant la télévision. Elle y développe une fascination pour les images, particulièrement celles des visages féminins. Après avoir fui la maison familiale, elle passe quelques années à Paris où elle travaille comme mannequin et mène une existence solitaire et contemplative, centrée sur la recherche de l’image parfaite.

Revenue au pays, elle s’installe dans un appartement dépouillé dont elle ne sortira presque plus. Au centre de ses activités se trouve son avatar, Anouk, qu’elle peaufine selon son idée toujours plus précise, mais jamais tout à fait réalisée, du visage idéal. Lorsqu’elle apprend que sa mère est atteinte d’un cancer, elle affronte le monde extérieur, trouvant du courage dans l’accompagnement de ses personnages virtuels. Ainsi arrachée au confort de sa réclusion, elle devra se réconcilier avec le passé, sans se douter que c’est justement là que se cache la clé de sa longue quête. Car le visage tant recherché n’est ni le sien, ni celui de son avatar : c’est celui de sa mère, plus jeune, illuminé d’un immense sourire, avant que la vie ne l’ait effacé.

Époque
futur proche
Lieux
Montréal et sa banlieue, Paris
Thématiques
image, perception de soi, réalité virtuelle, relations familiales, violence, réclusion, deuil, réconciliation, art multimédia, corps virtuel, transhumanisme
Style et construction du récit
style épuré et évocateur; voix méditative et introspective; narration effectuant des allers-retours dans le temps du récit

Pistes de réflexion

  • De synthèse propose une lecture subtilement futuriste d’un événement universel : la mort d’un parent. On ne se sent pas dans la science-fiction; il s’agit plutôt de comprendre comment la technologie peut encadrer les questionnements et les grands moments de l’existence. Proposer un exercice d’écriture où les étudiants doivent imaginer un événement marquant (naissance, maladie, rupture) dans un contexte technologique futuriste.
  • La narratrice de De synthèse développe une obsession pour certaines stars (Olivia Newton-John, entre autres). Réfléchir sur le culte des vedettes; proposer un exercice d’écriture où se décline une adoration envers une personnalité.
  • Une grande partie de l’œuvre de Karoline Georges repose sur l’idée du sublime. Expliquer aux étudiants ce concept esthétique et leur demander de trouver des exemples de ses différentes itérations en philosophie, en arts visuels, en architecture et en littérature.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Les œuvres de Nelly Arcan

La pièce de théâtre Post humains de Dominique Leclerc, L’instant même

Frankissstein de Jeanette Winterson, publié chez Alto

VERS D’AUTRES ARTS

Her, film de Spike Jones

Les autoportraits de Frida Kahlo, de Vivian Maier ou d’autres femmes artistes

Les capsules de Karoline Georges, notamment Anouk Reads

Second Life, une plateforme de création virtuelle qui a inspiré l’autrice

Enfant, je ne voulais pas accepter la distinction entre le vrai et le simulacre. Ce qui se passait à l’écran ou entre les lignes d’un roman avait plus de valeur pour moi que la réalité. Ce que j’éprouvais en lisant et en regardant la télévision – la fascination, le plaisir, la curiosité, la stupéfaction – s’avérait d’une intensité incontestable. Mais j’ai compris très tôt – trop tôt, peut-être – que j’étais du mauvais côté de l’écran.  (p. 24 du Alto régulier)

Je fais disparaître tous les projecteurs et la lumière ambiante, je déplace la seule source de lumière au-dessus de son dos, je réduis l’intensité, je filtre en bleu. J’assombris la teinte, jusqu’à générer une obscurité nocturne presque totale. J’observe. C’est trop propre. J’ajoute un ensemble d’ecchymoses et de plaies sur le corps d’Anouk, des taches de boue sous ses pieds, j’augmente le degré de brillance de sa peau pour faire ressortir les détails du sang dans la pénombre. J’enfonce sa tête dans le nœud de ses bras. Et j’y suis. La composition fonctionne. Le titre me vient immédiatement : Will We Ever Be Immortals? (p. 88 du Alto régulier)