Couverture

À la mort de son père, un contre-amiral irlandais établi dans le canton d’Armagh à l’est de Québec, Lily McEvoy hérite de la seule mine de sel au pays. Pendant dix ans, elle reste cloîtrée au domaine, ne recevant personne et ne sortant que pour rendre visite à maître Anselme, un tailleur de pierres à qui elle a confié l’entreprise de sculpter un imposant monument funéraire à même les parois de sel de la mine. Celle que l’on surnomme Black Lily voue un culte au sel, cet or blanc, lui découvrant des vertus sanitaires. Un matin, au grand étonnement d’Ursule et de Perpétue, domestiques cachant tant bien que mal leur penchant pour le sucre, son excellence Lily annonce la venu d’un visiteur pour le repas du soir. Elle envoie Titus, le garçon de ferme qui, par un malheur que l’on découvrira bientôt, a les mains atrophiées, convoquer maître Anselme à la table des McEvoy. Elle profitera du repas pour déverser contre l’artiste l’amertume de toute une vie, révélant des secrets de famille remontant au mariage de son père et de sa mère, étrange « fille du fleuve » aux pieds palmés. Dans la mémoire de Lily, passé et présent s’entrecroisent et l’héritière s’est concocté une vengeance qu’elle mangera froide… et salée.

L'époque
18e siècle
Lieu
Province de Québec
Les thématiques
L’histoire du Québec (époque de la Conquête), les mythes et légendes folkloriques, la vengeance, la nostalgie, la mémoire, la famille

Pistes de réflexion

  • Discussion : À la place de Lily, auriez-vous voulu venger votre famille? Auriez-vous su attendre dix années avant de le faire? La vengeance est au coeur du roman, distinguez la vengeance et la justice.
  • Il est possible d’analyser « L’évocation » au regard des romans gothiques, particulièrement des oeuvres de Peake, Dickens et Stevenson. Étudier le rapport au genre en portant une attention particulière à l'engouement pour l'Histoire et le passé, aux décors naturels et aux stéréotypes des personnages (femme persécutée, démon, figure religieuse). Pour pousser plus loin, étudier les situations (passé hantant le présent, pactes, fautes) et les lieux (châteaux, domaine reclus, ruines, nature).
  • Selon Todorov, le fantastique est un registre littéraire que l'on peut décrire comme l’intrusion du surnaturel dans le cadre réaliste d’un récit. Il se distingue du merveilleux par une hésitation entre le surnaturel et le naturel, le possible ou l'impossible et parfois entre le logique et l'illogique. Dans le fantastique, cette hésitation produit un récit étrange et inquiétant où les règles ne sont jamais posées une fois pour toutes, ce qui lui donne sa saveur onirique ou déroutante. Démontrer en quoi le roman « L’évocation » de Martine Desjardins est un roman fantastique.
  • Analyser le roman au regard du mythe biblique de la femme de Loth qui a été transformée en statue de sel lorsqu’elle s’est retournée en quittant Sodome. Voir comment « L’évocation » peut être lu comme un avertissement face aux dangers de la nostalgie.
  • Proposer l’écriture d’un souvenir rattaché à un objet, comme le fait Martine Desjardins quand elle décrit les souvenirs de Lily dans le grenier, p. 27 à 32.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Oeuvres d’Edgar Allan Poe

L’indésirable de Sarah Waters, chez Alto

La soif primordiale de Pablo de Santis, chez Gallimard

VERS D’AUTRES ARTS

Un conte de Noël (A Christmas Carol) de Brian Desmond Hurst, 1951 (film)

Huit et demi de Federico Fellini, 1963 (film)

Oeuvres de Caspar David Friedrich (peinture)

Les sculptures et installations de sel de l’artiste Motoi Yamamoto

Nox Arcana (musique)

O Fortuna, du Carmina Burana de Paul Orff (musique)

« Maître Anselme en avait fait un panthéon de sel – une structure circulaire d’environ trente pieds de diamètre, surmontée d’une coupole à caissons d’autant de pieds de hauteur. Dans l’épaisseur des murs, des niches profondes avaient été creusées, alternativement arrondies et rectangulaires, séparées par huit pilastres cannelés formés par les avancées des niches. La base de la coupole avait été dotée d’une série de fenêtres qui, bien qu’aveugles, n’en étaient pas moins garnies de camées de sel, montrant diverses scènes pittoresques du domaine d’Armagh sous la neige – le manoir, le saloir, la ferme, le verger, l’entrée de la mine, le bocard sur les rives de la rivière à la Loutre… » (p.106)