Couverture

Le roman nous emmène dans les ramifications de l’arbre généalogique de la famille Brûlé. De l’ancêtre Alma, chasseuse et solitaire à Anthony, le petit dernier, il nous présente les quelque quarante membres reliés au tronc familial. Les Brûlé, au premier abord, sont une famille idéale et unie, mais l’envers est toujours plus sombre. De courts chapitres en alternance brossent les portraits des membres de la famille en soulignant leurs noirceurs, leurs secrets. On les regarde à travers les yeux d’une mère, d’une soeur, d’un oncle, d’une petite cousine… Ils se révèlent à coups de souvenirs, ils sont bons et mauvais à la fois, malhabiles et menteurs parfois, mais surtout, vrais et attachants. Un roman plein de tendresse, de maladresses et de regrets. Une formule audacieuse pour un premier roman, un rythme effréné, une saga moderne et au final, un pari réussi.

Les thématiques
La généalogie, les origines, la famille, la filiation, la mémoire, la complexité humaine

Pistes de réflexion

  • Exercice de comparaison : Comparer le traitement du roman familial dans la littérature québécoise, par exemple dans la trilogie « Le goût du bonheur » de Marie Laberge, les sagas historiques de Michel David ou les « Chroniques du Plateau Mont-Royal » de Michel Tremblay.
  • Discuter des différentes moeurs des personnages selon les générations. En quoi les époques et les actions diffèrent d’Alma à Anthony? Comment les personnages se positionnent-ils par rapport au monde et aux autres membres de la famille?
  • Chacun des personnages présente sa propre réminiscence des scènes, chacun nous rapporte au présent de son souvenir. En étudiant les analepses, il est possible de comprendre comment chacune vient éclairer le passé des personnages ou en justifier la psychologie. La temporalité éclatée du roman de Catherine Leroux permet d’étudier les valeurs et usages des temps narratifs, ici le présent et le passé composé.
  • « La marche en forêt » est un roman choral et permet d’étudier le polyphonisme en littérature, en interrogeant la pluralité des voix narratives. En littérature, la polyphonie est un postulat narratif dans lequel plusieurs voix sont entendues, plusieurs angles abordés. Le concept a été introduit par Mikhaïl Bakhtine qui a regroupé ces figures sous l’appellation carnavalesque en expliquant que les multiplicités des voix opèrent un renversement hiérarchique où auteur et personnages sont sur un pied d’égalité et où le jeu des relations occupe la place centrale.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

L’Assomoir d’Émile Zola, septième volume de la série Les Rougon-Macquart, chez Livre de poche

Les Plouffe de Roger Lemelin, chez 10/10

VERS D’AUTRES ARTS

La famille Addams de Barry Sonnenfeld, 1991 (film)

La petite vie de Claude Meunier de Serge Thériault, 1993-1999 (série télévisée)

La famille Tennenbaum de Wes Anderson, 2001 (film)

Rachel se marie de Jonathan Demme, 2008 (film)

C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée, 2005 (film)

Kin, Radical Face, 2011 (chanson)

We are family, Sister Sledge, 1979 (chanson)

« C’est une lampe qu’on garde allumée en tout temps. Près de la porte, elle éclaire les premiers pas qu’on fait dans la maison, ou accompagne ceux qu’on fait à l’extérieur. Elle est posée devant la fenêtre pour que, même de loin, on sache qu’elle veille, toute la nuit. Du fond du rang, du bout du monde, on sait que quelque chose attend, qui peut nous guider à travers les champs, hors du bois, qui chasse les peurs invisibles et les mauvais esprits. Une lumière qui permet même à ceux qu’on croyait perdus de revenir, même à ceux qui étaient partis pour toujours. Ils sont nombreux à être rentrés tard, ivres, coupables, à avoir franchi le seuil pour être aussitôt pardonnés. La lampe donne l’absolution, tant qu’on veut bien revenir, tant qu’on se souvient de trouver la clé sous le paillasson, d’enlever ses chaussures, de boire une tisane pour se calmer avant d’aller dormir. Tant qu’on connaît la consigne : barre la porte, mais laisse la lampe allumée. Au cas. » (p.116)