Couverture

À l’aube de la guerre civile américaine dans la Louisiane du 19e siècle, la famille McCoy, propriétaire d’un champ de coton, fait l’acquisition d’Ève, une fillette brune comme le thé, à la demande d’Eleanor, leur fille aussi blanche que le lait. La première grandit dans l’ombre de l’autre. Le roman raconte les destins parallèles et emmêlés des deux jeunes filles, bientôt secoués par la guerre. De la maison des McCoy aux baraques des esclaves, où les femmes tissent des courtepointes, tout le monde réagit à la guerre civile à sa manière. Le roman est construit à l’image de ces courtepointes. Un portrait kaléidoscopique où chaque personnage est un pan de l’histoire, où se tisse le visage des États-Unis et où tous sont reliés par le fil de la guerre. On y rencontre les frères McCoy, June et ses enfants esclaves et le vaillant père Louis qui s’obstine à construire une église bricolée au milieu des bayous. On y croise ceux qui sont restés ou qui reviennent à la plantation, mais surtout on y suit Ève qui quittera bientôt les sillons des champs pour rejoindre ses racines.

Les thématiques
L'esclavage, la Guerre de Sécession, l'histoire des États-Unis, la ségrégation raciale, le destin, les origines

Pistes de réflexion

  • La ségrégation raciale : est-il encore d’actualité de parler d’égalité raciale?
  • « La porte du ciel » propose une double historicité : celle de la guerre de Sécession, qui a duré de 1861 à 1865, et celle, en 2011, d’un noir détenu au pénitencier d’Angola (Louisiane) et condamné à mort. La double lecture permet ici de mettre en avant les notions d’engagement en littérature et de mettre en lumière la responsabilité civile et les préjudices dont souffrent, encore, les Afro-Américains. Évaluer l’impact du texte au regard des écrits de Sartre sur la responsabilité de l’auteur. Dans « Qu’est-ce que la littérature? », Sartre, en répondant aux questions « pour qui et pourquoi écrit-on? », explique que l’auteur doit se dissocier d’une contemplation neutre et opérer un engagement envers la société et surtout envers le lecteur.
  • Exercice de création: Décrivez une courtepointe comme Dominique Fortier dans le roman aux pages 69, 111, 157, 175 et 259.
  • Étudier l’impact du paratexte dans « La porte du ciel ». Genette a défini deux principales natures du paratexte : l’éditorial (couverture, page de titre, commentaire en quatrième de couverture, etc.) et l’auctorial (dédicace, épigraphe, préface, etc.). Dominique Fortier insère trois épigraphes au roman : un extrait de « Bourlinguer » de Blaise Cendrars, un autre de l’Ecclésiaste 7:29 et un extrait tiré du questionnaire à l’intention des futurs membres des Mississippi White Knights du Ku Klux Klan. Étudier comment ces choix éclairent les intentions de l’auteur.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Les aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain

Nord contre Sud de Jules Verne

La fille de l’imprimeur est triste de Nicolas Gilbert, publié chez Leméac

VERS D’AUTRES ARTS

Naissance d’une nation de D.W. Griffith, 1915 (film)

Retour à Cold Mountain d’Anthony Minghella, 2003 (film)

Django Déchaîné de Quentin Tarantino, 2012 (film)

Huckleberry Finn, Solander, 2011 (chanson)

Montana, Youth Lagoon, 2011 (chanson)

Strange Fruit, Billie Holliday, 1957 (chanson)

« Vous connaissez bien sûr le Mississippi, père des fleuves, qui draine le continent entier, puisque c’est la neige des cimes des Rocheuses et des Appalaches qui, après avoir traversé le pays, finit par se jeter dans le golfe du Mexique où nagent des poissons multicolores au milieu des restes d’un hiver qu’ils n’ont jamais vu. Du lac Itasca à La Balize, le fleuve est ainsi tour à tour glace et limon avant de se perdre dans l’océan. Il charrie en son sein, écrivait jadis un explorateur, une forêt d’arbres flottants qui emportent avec eux le souvenir de leurs forêts à l’odeur piquante. Les eaux de l’Ohio et de l’Arkansas viennent grossir son cours, puis celles du Missouri, mais les deux fleuves ne s’unissent pas avant un long moment, et coulent côte à côte, longeant des rives opposées : eaux vertes et cristallines d’un côté, eaux couleur café au lait de l’autre, proprement séparées au milieu par une frontière invisible, déferlant ensemble vers la mer. » (p. 113)