Couverture

Servi par une écriture nerveuse et teintée d’une singulière humanité, Le Christ obèse est un roman implacable sur les racines du Mal et de la Bonté. Une œuvre forte signée par l’un de nos dramaturges les plus étonnants, qui déploie ici une redoutable maîtrise des mécanismes du suspense.

Edgar Trudel est un trentenaire timide et asocial qui a toujours vécu dans l’ombre de sa mère, décédée depuis peu. Un soir, alors qu’il se recueille sur la tombe de la défunte, il est témoin d’une violente agression. D’abord effrayé, associant les agresseurs aux sombres cavaliers de l’Apocalypse, il décide, en bon samaritain, d’emmener chez lui la victime dans l’espoir de la sauver. S’ensuit un huis clos aux allures de thriller. Edgar cache chez lui la victime, la baigne et la nourrit. Bientôt, pourtant, les intentions deviennent obscures et ce qui était un geste messianique enclenche un engrenage inquiétant. Le sauveur se veut Messie, mais son hôte se change en otage et les rôles s’inversent. Edgar doute, hanté par les souvenirs de sa mère et par les choquantes révélations lues dans ses carnets intimes. Est-il coupable? Qui est la victime? À force de s’occuper de cette dernière, Edgar finit par percer le secret de son identité, tout en apprenant davantage sur ses propres noirs secrets.

Époque
Au 21e siècle
Lieu
Dans une ville inconnue du Québec
Les thématiques
La religion, le deuil, la culpabilité, la souffrance, l’automutilation, les relations interdépendantes, la violence et les origines du mal.
Le style et la construction du récit
Le roman, composé de courts chapitres et raconté au « Je », rappelle l'écriture d'un thriller policier tout en ayant une touche théâtrale.

Pistes de réflexion

  • Réflexion : « Le Christ obèse » se déroule en majeure partie en huis clos. L’expression « à huis clos » signifie « toutes portes fermées ». En littérature, le huis clos a connu un vif succès avec la pièce éponyme de Sartre. Beckett en était également très friand. Au cinéma, les exemples abondent et le huis clos est souvent, sinon toujours, prétexte à déraison, à folie, à exténuation psychologique. En optant pour un roman statique, l’auteur nous pose face à son personnage, seul sujet parlant, et nous enferme avec lui dans les déroutes de sa raison.
  • Étudier les rapports entre écriture narrative et écriture dramaturgique. L’une emprunte souvent à l’autre, notamment par les modes d’énonciation propres au genre. Dans la pratique, les dramaturges ont souvent recours au récit, qui permet de dépasser les limites de la scène, tandis que les auteurs de romans exploitent la prise de parole directe dans le dialogue. Certains de ces procédés sont plus marquants et décident du romanesque ou de la théâtralité d’un texte. Étudier comment les éléments caractéristiques du théâtre sont repris et transformés pour être mis au service du roman dans « Le Christ obèse ».
  • Exercice d'écriture : Transformez un extrait de votre choix en une scène de théâtre.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Hygiène de l’assasin d’Amélie Nothomb, chez Livre de poche

Le corbeau d’Edgar Allan Poe (poème narratif)

Purge de Sofi Oksanen, publié aux éditions

VERS D’AUTRES ARTS

Exposition Via Crucis de Fernando Botero (peinture)

Funny Games de Mickaël Haneke, 1997 et 2007 (film)

Ils de David Moreau et Xavier Palud, 2006 (film)

Prelude (Bernard Herrmann) de Danny Elfman (musique)

Psycho d’Alfred Hitchcock, 1960 (film)

« L’idée d’appeler à l’aide me tenaillait. Je ne voyais pas comment je pourrais m’en sortir seul. Cette vie inconnue qui m’attendait là-haut sur le plancher de la salle de bains, ces yeux verts, comment pourrais-je m’occuper d’eux ? J’avais déjà de la difficulté à m’occuper de moi-même. Ouvrir les yeux le matin et constater que c’était moi, encore moi qui les ouvrais et non un autre, n’importe qui d’autre, même un chien, replongeait mon corps mal réveillé dans une torpeur qui ne me quittait qu’en fin d’après-midi. Comme si mon âme ne pouvait s’allumer qu’au moment où le soleil s’éteignait. Et voilà qu’en ce dimanche matin, dans la lumière fatiguée de septembre qui tombait de la fenêtre de la cuisine, j’étais confronté à cette réalité : une jeune fille gisait inconsciente dans la salle de bains de ma mère, victime de la sauvagerie des hommes. »

(p. 22 édition Coda)

« Dans cette ville ensevelie sous la neige plusieurs mois par année, l’arrivée du printemps ne manquait jamais de déclencher une hystérie végétale. Les fleurs perçaient avec rage la terre encore gelée et, en un jour, lançaient leurs couleurs et leurs parfums à la face du ciel. Les bourgeons éclataient aux branches. Les arbres se paraient de feuilles le temps d’une promenade. J’étouffais dans ce débordement de sève, dans l’éclat de ce printemps trop bref et suicidaire. J’avais encore plus en horreur l’été, saison où la libido triomphait outrageusement. Dès que la température montait de quelques degrés, les gens s’habillaient ou plutôt se déshabillaient à la limite de la décence et offraient aux yeux du plus grand nombre leur corps rendu laiteux par l’hiver. »

(p. 27 édition Coda)