Couverture

Avec Les enfants lumière, Serge Lamothe explore un imaginaire truculent, celui de la Posthistoire. Porté par une écriture ludique qui fait la part belle à l’invention, ce livre conjugue humour et lucidité dans une singulière quête de sens qui étonne et séduit à chaque tournant.

Le roman nous emmène dans un postmonde éclaté où les règles d’aujourd’hui ne sont même plus des souvenirs. Nous y rencontrons les Baldwin, que l’on suppose être nos descendants et qui sont devenus des figures mythiques de cette posthistoire. Chaque récit présente un nouveau personnage de cette éclectique lignée dont l’histoire est tributaire de la parole des récitantes, sortes de Parques futuristes gardiennes de la mémoire collective. Tacha Baldwin, pour son neuvième anniversaire, fait exploser ses parents kamikazes et le président, mettant ainsi fin au turbolibéralisme et au cybercapital. Nous rencontrons Takashi Baldwin et son propriétaire, flanqué d’un avocat portatif. Les deux partageront un thé de roches au milieu d’un désert de sel. Le lecteur est témoin impuissant de l’envahissante expansion d’un mouchoir de poche et du périple à vélo de Tara et Bevinda Baldwin. Dans une multitude de microrécits, l’auteur nous présente tour à tour des héros, des criminels, des enfants, des terroristes, des cannibales, des scientifiques, des politiciens et des puces savantes.

Époque
Le futur
Les lieux
L’histoire se déroule dans de nombreux lieux aussi inusités les uns que les autres. L’on passe de régions désertiques, aux steppes russes, aux grandes villes comme Las Vegas et Madrid, sans oublier la plaine d’altitude péruvienne Altiplano... et la lune.
Les thématiques
La posthistoire, l’humanité, la généalogie, la politique, les révolutions, les catastrophes naturelles, les conflits armés, le terrorisme et le futurisme.
Le style et la construction du récit
Le roman est découpé en microrécits mettant en scène diverses membres de la famille Baldwin.

Pistes de réflexion

  • Richard Saint-Gelais nomme « paradoxe de la narration », en science-fiction, ces moments récurrents où la voix qui raconte est placée dans la posture contradictoire consistant à narrer au passé des évènements se produisant dans le futur pour des lecteurs du passé. Cette posture l’oblige à expliquer au lecteur certaines inventions et à lui donner de l’information sur l’univers mis en place et ses règles en recourant à des références qui ont du sens pour celui qui lit, mais pas pour les protagonistes du récit. En reprenant les termes d’Umberto Eco, l’auteur réfère à l’ « encyclopédie du lecteur » afin que celui-ci interprète le texte correctement, afin que s’opère une coopération interprétative. Étudier si le roman de Serge Lamothe respecte ou non ce paradoxe.
  • « Les enfants lumière », en dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur, répond à la définition de dystopie. Plusieurs classiques de la littérature utilisent ce même procédé, par exemple « Farenheit 451 » de Ray Bradbury ou « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Analyser le roman au regard des thèmes anti-utopiques soulevés, voire de quelles idéologies et mœurs le roman fait la critique.
  • Exercice d’écriture : Écrire un microrécit présentant un nouveau membre du clan Baldwin ou faisant interagir deux Baldwin.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Chroniques martiennes de Ray Bradbury, chez Folio

À rebrousse-temps de Philip K. Dick, chez J’ai lu

H2G2 Le guide du voyageur galactique de Douglas Adams, publié chez Folio

La trilogie Nikopol d’Enki Bilal, paru chez Casterman

La musique du sang de Greg Bear, chez Folio

1Q84 d’Haruki Murakami, publié chez 10/18 et Belfond

 

VERS D’AUTRES ARTS

Metropolis de Fritz Lang, 1927 (film)

Immortel (ad vitam) d’Enki Bilal, 2004 (film)

V pour Vendetta de James McTeigue, 2005 (film)

Le Guide du voyageur galactique de Garth Jennings, 2005 (tiré du roman de Douglas Adams) (film)

Idiocracy, de Mike Judge, 2006 (film)

Gnossiennes, d’Erik Satie (musique)

Vivenza, musicien futuriste (musique)

Pierre Schaeffer, père de la musique concrète (musique)

Les œuvres de Sammy Slabbinck, collages (dont est tirée la couverture du roman)

« Les insurgés comprennent ce qui est en train d’arriver, et que cela tient du miracle. Des cris de liesse se répandent à travers la ville. La petite rouquine au tambour mène la marche avec Selena qui chemine dans son ombre et protège ses arrières. Des milliers d’insurgés les suivent, bientôt rejoints par les miliciens.

 

Le palais présidentiel se dresse au bout du boulevard, sombre forteresse où règne désormais le chaos. Ils y seront bien avant le matin. Pour le régime turbolibéral, ce sera le commencement de la fin. » (p. 19)

« Tacha, comme d’autres, s’était assise au bord du trou.

 

Quand on put à nouveau y voir clair, tous remarquèrent qu’une masse sombre se mouvait.

Oui, une masse d’énergie brute s’animait.

 

Contre toute attente, une baleine s’était échouée au fond du trou, sans doute dans les minutes qui avaient suivi l’explosion. C’était trop gros pour être vrai. Personne ne l’avait vu venir, celle-là ; mais la baleine était bien là, paisible dans son agonie. Renversée sur le côté, elle contemplait la foule d’un oeil morne et résigné. » (p. 35)

« La vie est dure sur l’Altiplano, elle l’a toujours été. L’abri de Takashi fait une tache sombre au milieu du Salar de Uyuni, ce désert blanc, le fond d’un lac salin évaporé depuis des milliers d’années. Il n’y a que des lignes pures, ici. Le ciel est un miroir dans lequel se mire le sel millénaire. Une enclume suspendue dans le vide. Un monde insensible et inaltérable. » (p. 61)