Couverture

Dans un décor de carton-pâte, La désidérata convoque un univers à la fois merveilleux, sensuel et impitoyable. Les actes les plus violents y côtoient les festins gourmands, l’art de la nature morte se mesure à l’exubérance des forêts; le sang se mêle au lait, le tout avec dans une langue riche et pleine, poétique comme une gorgée d’absinthe.

Au village de Noirax, le père célèbre le retour de son fils Jeanty, qui se questionne sur son identité. Peu après, une nouvelle venue, la fougueuse Aliénor, les rejoint au domaine de la Malmaison où sa curiosité et sa gourmandise ne tardent pas à faire des vagues.

Bien vite, la jeune fille découvre, enfouie sous l’histoire des pères, celle des femmes qu’ils ont désirées et détruites : Pampelune, Hélèna, la Pimparella, la mère aux oies… Même la bougresse, domestique que le père ne regarde plus, a fait les frais de sa concupiscence dans sa jeunesse.

Tandis que bals et festins se multiplient, le père est confronté, puis soumis. Jeanty réalise enfin qui il est et devient Jeantylle. Le peintre Poedras devient la clé du mystère, et la bougresse devient l’écrivaine qui livrera le dernier mot.

Avec leur aide, Aliénor fait la lumière sur ses origines, et du même coup sur celles des héritières, filles illégitimes abandonnées dans la forêt par les pères. Celles-ci ont survécu, et tandis qu’elles reviennent réclamer leur part du patrimoine, la mère et la fille, la bougresse et Aliénor, sont enfin réunies.

Époque
temps du conte, indéfini, qui évoque le tournant du 19e au 20e siècle
Lieu
village fictif de Noirax, situé dans une campagne qui rappelle le terroir français.
Thèmes
filiation, patriarcat, prédation, violence faite aux femmes, transidentité, désir, art, vérité, plaisir des sens, nature, monde rural, herboristerie (poisons et parfums), création et procréation
Style et construction du récit
écriture lyrique; narration omnisciente; alternance des points de vue des personnages; chronologie linéaire. Jeu sur la réalité versus la fiction, les faux semblants. Intégration de chansons traditionnelles et de comptines d’enfants.

Pistes de réflexion

  • Le roman fait appel à de nombreuses chansonnettes d’enfants qui, lorsqu’on s’y penche de plus près, s’avèrent beaucoup plus sombres qu’on le croit. Proposer un travail de recherche sur les origines et la signification d’une de ces chansons, puis une réinterprétation à la lumière du contexte d’aujourd’hui (dénonciations, mouvement moiaussi, équité homme et femme, rapport à la nature, etc.)
  • Dans La désidérata, l’autrice sème plusieurs indices laissant entrevoir le fait que son univers et ses personnages sont factices, les acteurs d’un théâtre de sa conception. Proposer un travail de repérage de ces indices, et une réflexion sur le pacte de lecture
  • Tout en était ancrée dans des enjeux très actuels (contestation du pouvoir masculin, dénonciation des violences sexuelles), l’intrigue de La désidérata se déroule dans un lieu et un temps qui semblent appartenir davantage au conte. Proposer un exercice d’écriture double, où un événement est d’abord raconté dans un contexte contemporain, puis replacé dans un univers de conte

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

Les œuvres d’Audrée Wilhemy, particulièrement Oss et Blanc résine

Gargantua de Rabelais

Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé

La grande bouffe, film de Marco Ferreri

Peau d’âne, film de Jacques Deny

Dogville, film de Lars Von Trier

Peintres de natures mortes tels Rembrandt, l’école flamande ou des artistes vivants qui s’en inspirent : Claudie Gagnon, Paryse Martin, Chris Millar

Les photographies de Joel-Peter Witkin, dont une des œuvres est sur la couverture du roman

« Sous les nuages, le village de Noirax ressemble à un petit théâtre . Des décors de carton, une scène où déclamer les répliques et des marionnettes qui attendent qu’on enfouisse en elles une main et qu’on les anime, qu’on les envoie courir de droite à gauche, puis de gauche à droite avant de les faire disparaître en coulisse.

On entend une mélodie au loin, portée par une voix féminine. Un refrain allègre n’annonçant pas la brutalité du dernier couplet, qui tombera comme la lame d’une guillotine.

La forêt tout autour est faite de mots, avec des secrets enterrés dans les espaces entre ceux-ci ou entortillés autour des racines.

Rideau. »

La désidérata p.11

« Aliénor abandonne elle aussi ses bottes à talons en entonne la suite :

Je ne veux pas d’un prince

Alazim boun boun

Alazim boum boum

Je ne veux pas d’un prince

Encore moins d’un baron

Oh! Le joli botillon appartenant à Aliénor! Le père s’émeut de son étroitesse, sourit et enchaîne :

Je veux mon ami Pierre

Alazim bounboun

Alazim Boum boum

Je veux mon ami Pierre

Celui qu’est en prison

Elle connaît les paroles, elle veut jouer et chanter avec lui. Tu n’auras pas ton Pierre, alazim boum boum, alazim boum boum. Le père avance vers cette voix rauque, ce nord magnétique, et découvre, tombée en chemin, la couronne de phlox d’Aliénor, celle qui lui confère son air impérial. »

La désidérata p.116