Couverture

Roman occulte où l’enfance est malmenée et la vie adulte corrompue, Noir métal est le récit d’une vengeance et du retour de la lumière par le feu. Un univers digne des cinéastes David Lynch et Ingmar Bergman, fidèle à la beauté sombre du black métal.

Fraîchement sorti du centre jeunesse, Sebastian Andersen, adolescent mutique et vedette métal underground, revient à Sainte-Florence pour remuer de vieux secrets. De son côté, l’inspecteur Chabå fait de son mieux pour préserver le sordide équilibre du village matapédien, partagé entre les membres d’un cercle occulte dirigé par le Général (un entrepreneur omnipotent), et leurs victimes, dont Sebastian, violé et poignardé à l’âge de cinq ans, fait partie.

Celui-ci cherche à se venger, d’abord de son agresseur, le visqueux Petersen, puis du Général. Il est toutefois ralenti par des hallucinations morbides et une amitié imprévue avec la petite Eva, victime comme lui du Cercle blanc. Le Général, quant à lui, veut maintenir son emprise sur le village, que ses activités illicites ont contaminé au point de transformer la faune locale en créatures mutantes. Mais les pions qu’il se targue de contrôler ne sont pas aussi dociles qu’il le croit.

Profanation d’un cimetière, église incendiée et défilé d’enfants sacrifiés : Sebastian, Eva et Chabå devront s’enfoncer dans la noirceur pour trouver la justice. Sebastian tue Petersen, Chabå tue le Général, mais ces actes rédempteurs ne les laisseront pas intacts.

Époque
contemporaine
Lieu
village de Sainte-Florence, en Gaspésie, dans la vallée de la Matapédia
Thèmes
Traumatismes d’enfance, violence, abus sexuels, religion chrétienne et païenne, sociétés secrètes, corruption, pollution environnementale, maladie mentale, musique métal, vengeance.
Style et construction du récit
Style frontal : phrases courtes et percutantes, descriptions poétiques. Esthétique morbide, inspirée du black métal. Narration à la troisième personne, axée sur une demi-douzaine de personnages en alternance. Construction linéaire avec retours en arrière, passages hallucinés.

Pistes de réflexion

  • Le roman est centré sur la musique black métal et l’esthétique qui s’y rapporte. Proposer aux étudiants l’écoute de certaines pièces de groupes tels que Mayhem ou Venom. Expliquer le contexte d’émergence de cette musique en Scandinavie, ses impacts – notamment au niveau politico-religieux, avec l’antichristianisme et l’incendie des églises norvégiennes.
  • Proposer un exercice d’écriture où les étudiants sont amenés à imaginer les paroles des chansons composées par Sebastian.
  • Obsédé par la Scandinavie, le Général s’intéresse aux premières visites de peuples scandinaves sur le territoire québécois. Explorer ces moments historiques avec les étudiants. Activité bonus : le Général donne aux personnes qu’il intègre dans son cercle des noms scandinaves à partir de leurs patronymes québécois : Chabo/ Chabå, Poitras/Petersen. Proposer aux étudiants de « scandinaviser » leur nom et d’imaginer un alter ego.

Lectures complémentaires

La route, roman de Cormac McCarthy, publié en français aux Éditions de l’Olivier

Les fous de Bassan, roman de Anne Hébert

Neige noire, roman de Hubert Aquin, BQ

Le livre de Dina, roman de Herbjørg Wassmo, éditions 10/18

Golgotha, recueil de poésie de Benoit Jutras, Les Herbes rouges

Vers d’autres arts

Lords of Chaos, film de Jonas Åkerlund

Metalhead, film de Ragnar Bragason

Twin Peaks, série de David Lynch

Cris et chuchotements, film d’Ingmar Bergman

Les œuvres des artistes Hans Ruedi Giger et Zdzisław Beksiński

Ils sortirent ensemble de la grange. La fillette dodelinait de la tête, amortie de sommeil. Sebastian l’invita à monter sur son dos et il marcha et prit l’aspect d’un bossu.

Dans le champ de labour, le corps d’Eva était dur à maintenir sur son dos, tandis que sa respiration ralentissait et lui chauffait la nuque et l’humidifiait. À travers ses paupières mi-closes, le paysage s’amplifiait d’un sommeil qui transformait les ruisseaux, les arbres, la moindre roche en décor pour romancier florencien. Elle s’était endormie. Il lui serra les jambes avec ses coudes et ralentit le pas. À l’orée du village, des aboiements levèrent des animaux dans les fossés qui provenaient de partout à la fois et qui frôlaient les jambes de Sebastian, jusqu’à ce qu’il entre dans la cour arrière de l’épicerie. De cet endroit, ils pouvaient surveiller le point central du village, le pont. Il posa un genou par terre entouré des suaves odeurs des bennes à ordures.

(p. 145-146)

Les sœurs Chiassen sortirent d’une porte au fond du chœur et descendirent l’allée centrale. Trois vieilles femmes qui se partageaient les mêmes traits dans trois possibilités d’agencement. Elles portaient des aubes blanches qui leur couvraient tout le corps. Quand elles marchaient, le vêtement ample se collait à leurs membres. À la hauteur des genoux, de grosses bosses, et leurs bras semblaient des branches. Arrivées près de Chabå, elles se penchèrent vers lui.

Inspecteur, nous sommes inquiètes.

Inquiètes.

Très inquiètes.

J’ai questionné les deux ados qu’on a attrapés, lança- t-il rapidement. Je pense pas que ça soit eux qui se sont introduits dans l’église. Vous êtes-vous fait voler quelque chose?

L’air vient à nous manquer, la nuit.

Tu ne devrais pas boire autant de lait.

Au matin, tu te plains d’un fromage au ventre.

J’ai des adhérences.

Mais est-ce qu’on vous a pris quelque chose, des cierges, des croix, des calices?

Nous n’avons rien fait de mal.

Une fois seulement sans le savoir.

Le curé Plourde ne voulait pas qu’on barre les portes pour permettre aux fidèles de venir prier.

Mauvaise idée.

Comme le retrait des statues parce qu’elles faisaient peur aux vieux.

Mesdames, on en a déjà parlé.

Il y a beaucoup de choses qui se disent entre statues.

Elles se parlent dans la nuit.

Nous savons qu’un jour de grands secrets seront dévoilés à la face du Seigneur.

Et c’est pour très bientôt.

(pages 76-77)